#LyonMUNxJeanMoulinPost – L’humiliation comme maître mot des Relations Internationales au 21ème siècle?

Du 9 au 15 mars retrouvez le LyonMUN en collaboration avec le Jean Moulin Post pour un nouvel article chaque jour sur le thème général de l’édition 2020 : « Façonner le futur du multilatéralisme : rester unis dans un monde divisé. »

 

L’humiliation n’est pas un thème récent dans les ouvrages de Relations Internationales. Bertrand Badie éclaire brillamment cette thématique dans l’ouvrage « Le temps des humiliés: pathologie des relations internationales » en y apportant un regard nouveau.

L’humiliation dans les Relations Internationales c’est rabaisser un autre Etat, le mettre sous tutelle, le tenir à l’écart, voire encore stigmatiser ses dirigeants. Ainsi se développe une « diplomatie des club », celle du Conseil de sécurité et du G7, tandis que les État émergents ou les anciennes puissances se voient dénier de toute réelle capacité d’initiative ou sont contraints d’adopter des stratégies peu productives. L’humiliation provoque un dérèglement du système international en favorisant des rapports asymétriques entre États: de fort à faible ou de faible à faible et non plus entre forts. Qui ne se rappelle pas de l’Allemagne mise à l’écart de la SDN et de l’ONU après les deux guerres mondiales? L’humiliation, le rabaissement, a été à l’origine de la montée d’un sentiment national, d’un « revanchisme ». Revanchisme qui a bousculé le 20ème siècle.

Retour sur les causes de cette humiliation et les conséquences sur notre système international.

Des causes historiques

L’humiliation dans les Relations Internationales s’explique en partie par l’incapacité du système internationale à dépasser le système westphalien. Ce système westphalien désigne le système international né des traités de Wesphalie mettant fin à la guerre de trente ans en 1648. Selon ces traités, on reconnaît l’Etat comme forme privilégiée d’organisation politique des sociétés et la naissance du système interétatique moderne fondé sur les trois principes de la souveraineté externe, de la souveraineté interne et de l’équilibre des puissances.

La mondialisation, caractère premier de notre système international, est inadaptée au système westphalien celui-ci étant trop structuré, trop fonctionnel, exclusif et spontané. En étant elle-même vecteur de nouvelles humiliations par le multilatéralisme qui la caractérise, la mondialisation n’a donc pas permis le dépassement complet du système westphalien. La mondialisation est elle-même une cause de cette humiliation dans les Relations internationales, car elle fait naître dans la société internationale un certain nombre d’acteurs jusque-là exclus par le modèle traditionnel westphalien. La mondialisation a donc facilité la coopération entre des acteurs disparates: petits États humiliés, grands États puissants, ONG, multinationales et même personnes physiques. Antérieur cependant à la mondialisation, l’humiliation a commencé à prendre forme dès 1535 en se juridicisant, lorsque le roi de France François Ier mit en place le régime de capitulation au sein de l’Empire. L’humiliation se pare de lois, de traités et de droit. Elle n’est plus seulement affaire d’actes individuels, mais aussi de normes; elle n’est pas limitée à une relation, elle devient très vite effet de système. Cette humiliation qui s’est progressivement formé historiquement et qui a « explosé » avec le facteur de la mondialisation a des conséquences décisives sur le fonctionnement de notre système international.

Signature de L’Armistice le 11 novembre 1918, à Rethondes 
Source : Ouest France

Des conséquences décisives

Cette humiliation tend à créer de nombreuses strates entre États. Ainsi, les plus puissants auront accès à la décision et les autres seront considérés comme des États passifs. Le déni d’égalité se traduit chez les États les plus forts par le fait qu’ils considèrent les États inférieurs comme des intrus au système westphalien. Ces rapports prennent alors la forme de capitulation, mise sous tutelle, de concessions territoriales, accords de coopération et conduisent à instaurer un réseau d’alliance dans lequel le plus faible reste au service des plus forts qui en contrepartie lui assure sa « protection ».

Il s’ensuit que ce type d’humiliation entraine une compétition entre puissances. Les plus faibles, dans une situation d’humilié, adoptent une posture souverainiste pouvant aller jusqu’à une certaine arrogance à l’origine de blocage dans des relations multilatérales. Ainsi, il suffit de constater que depuis la création de l’ONU, les États émergents ont été exclus de nombreux cercles influents de décision comme le P5 ou le G8. Poussée à l’extrême, cette pratique crée même une sélectivité entre des acteurs normalement égaux dans le système westphalien. Ainsi en va-t-il de la farouche volonté des États détenteurs de la bombe nucléaire de ne pas voir accéder l’Iran à ce club, alors que dans le même temps, l’Inde a été « pardonnée » de son refus de signer le Traité de non-prolifération nucléaire de 1968, jusqu’à bénéficier, dès 2006, d’un accord de coopération nucléaire avec les États-Unis. Israël a été discrètement aidé à obtenir la bombe, le Pakistan a bénéficié d’une indifférence bienveillante.

Cette diplomatie du mépris entraine donc une position contestataire des humiliés. Ce fut le cas de la Conférence de Bandung en 1955 qui vit naître le mouvement des non- alignés, riposte des États du Tiers-monde à la bipolarité. Ce procédé encore récent – fin des années 80, début des années 90 avec la fin de la bipolarité – se caractérise surtout par le rejet de la différence. On pourrait se borner à rappeler l’invention par les États-Unis sous la présidence de Bill Clinton du concept de « rogue state » ou d’États voyous pour désigner les États qui appliquaient une diplomatie identitaire voire, autarcique. Très vite, avant même la structuration du concept, de nombreux États – Cuba, Corée du Nord, Irak, l’Iran de Saddam Hussein et la Libye de Kadhafi – avaient déjà été qualifiés comme tels. Cette stigmatisation morale de l’ « ennemi » est fondée sur la volonté de catégoriser les États selon qu’ils seront ou non de connivence avec l’État concerné : elle crée pour l’humiliant une certaine crainte de l’autre (islamophobie, sinophobie) et pour l’humilié une diplomatie de déviance qui intègrerait davantage les intérêts collectifs des États et qui prendrait en compte la différence entre les acteurs.Cette présence de l’humiliation entraine également une consécration de l’émergence dramatique des opinions publiques et des sociétés sur la scène internationale.

L’humiliation dans les relations internationales est due, principalement, à une inadaptation des vieilles puissances et de leurs diplomaties à un monde de plus en plus globalisé Afin de sortir de ce cercle vicieux, il serait temps d’accepter la fin de l’hégémonie culturelle de la diplomatie occidentale et de ne plus regarder l’autre avec condescendance mais, au contraire, l’inclure dans une dynamique de partenariat, clé de la réussite de la mondialisation.

 

 

Laurine Miche
Secrétaire Générale du LyonMUN 

 

Vous souhaitez vous aussi débattre sur le sujet du multilatéralisme ? C’est le thème général du LyonMUN 2020 (Du 21 au 24 mai) Inscrivez-vous dès maintenant pour bénéficier du « early birds », nos tarifs spéciaux pour les premiers inscrits   mymun.com/muns/lyonmun-2020

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *