#LyonMUNxJeanMoulinPost – Les limites du mutlilatéralisme mises en lumière à l’avènement d’une pandémie ?

Du 9 au 15 mars retrouvez le LyonMUN en collaboration avec le Jean Moulin Post pour un nouvel article chaque jour sur le thème général de l’édition 2020 : « Façonner le futur du multilatéralisme : rester unis dans un monde divisé. »

 

Si le Covid-19 ou plus communément le Coronavirus tend à s’exporter mondialement, à l’instar de biens, de services, d’individus, celui-ci laisse sur son passage un regain d’hostilité à l’encontre d’une mondialisation exacerbée.

En effet, depuis l’avènement du libéralisme, et davantage sous l’empire de l’ultra-libéralisme, les épidémies définies comme “le développement et la propagation rapide d’une maladie contagieuse, le plus souvent d’origine infectieuse, dans une population” ont d’autant plus de chances d’évoluer en pandémie, de par la multiplication de flux migratoires transnationaux. La facilité d’échanges, de correspondances nées de cette liberté d’aller et de venir, facilite – et là est la contrepartie de cette liberté, la transmission de virus et maladies.

 

Vers une re-localisation de l’industrie européenne ?

En déplacement à Athènes le 25 février dernier, le Ministre français de l’économie et des Finances, Bruno Lemaire, déclara à l’issue d’un entretien avec son homologue grec Christos Staïkouras que “ l’épidémie du coronavirus était un ‘game changer’ dans la mondialisation ».

 

Bruno Lemaire – Ministre de l’Économie français ; aux côtés de son homologue grec Christos Staïkouras

La question serait donc proche d’être mise sur table. Airbus, Danone, Dassault, Auchan, Carrefour, Décathlon, Sephora, Areva, Engie, Veolia, Cartier, Dior, Vuitton, Hermès, Louboutin, Sofitel, Accor, Alstom ; autant d’entreprises françaises implantées en Chine – la listes du fleuron entrepreunarial francais proposée étant loin d’être exhaustive. Si les coûts de productions en Chine, notamment les coûts salariaux, rendent l’implantation d’entreprises européennes sur le sol chinois attractive, la crise du Coronavirus met également en lumière les menaces encourues par l’Europe sur de telles pratiques. Menaçant d’évoluer en pandémie, de nombreux économistes s’accordent à dire que dans l’hypothèse d’un prolongement d’une telle crise sanitaire, le coronavirus pourrait encourager certaines entreprises à re-localiser sur le sol français, ou à défaut, le sol européen – ce qui s’avère plus réaliste compte-tenu du coût de la main d’œuvre des pays de l’Europe de l’Est par rapport à celui de la France.

À ce propos, l’industrie pharmaceutique française appelle à “ re-localiser la production en Europe”. Cet appel, s’il peut surprendre, n’a pourtant rien d’injustifié. En effet, depuis la fin des années 90’, de nombreux laboratoires pharmaceutiques, en vue de diminuer leurs coût de production, ont pris la trajectoire de la délocalisation dans les pays  dans lesquels la main d’œuvre est bon marché, à l’instar d’autres secteurs. Les chiffres sont aujourd’hui les suivants: 80% des fabricants de principes actifs sont implantés en dehors de l’Union européenne, dont 60% se situent en Chine ou en Inde, alors qu’ils n’était que 20% dans ce cas il y a trente ans. A l’heure actuelle, la grande majorité des usines situées sur le littoral chinois sont à l’arrêt.

Du point de vue des entreprises, le compte rendu est le même : Bernd Schneider, spécialiste de l’industrie chimique, affirme que “la pandémie chinoise et la prise de conscience de nombreux acteurs de l’urgence de la situation pourraient accélérer la re-localisation dans les pays occidentaux”.

 

Vers l’intensification d’un contrôle aux frontières : une remise en cause de la liberté d’aller et de venir

Étendue de l’épidémie du Coronavirus à l’échelle internationale
Source : Fox 8 News

Outre la question de re-localisation de l’industrie européenne présente en Chine sur le sol européen, celle de la fermeture des frontières est également soulevée depuis l’arrivée du virus en terres occidentales. En effet, la crise sanitaire qu’est le coronavirus n’est pas de bon augure pour les défenseurs d’une liberté d’aller et de venir absolue, et d’une ouverture totale des frontières.

Depuis les Accords de Schengen, l’Europe, ou du moins les vingt-deux pays membres de l’Union européenne faisant partie de l’espace Schengen, bénéficient d’une circulation interétatique fluide, les frontières n’ayant pas été effacées contrairement aux contrôles d’identité à celles-ci. Ainsi, les individus, européens comme extra-européens, une fois entrés sur le sol d’un pays membre de l’espace Schengen, peuvent à leur guise et sans aucun contrôle passer d’un État à un autre. Ceci étant dit, en cas de crise, comme dans le cas du coronavirus, il suffit que l’un des 22 pays de l’espace Schengen ne ferme pas ses frontières aux vols extra-européens pour que la procédure de fermeture des frontières soit inefficace. En effet, les ressortissants hors Union européenne, une fois dans la zone Schengen, pourront continuer à circuler librement, ce qui explique ainsi l’inutilité et la perte financière que représenterait la fermeture des frontières en cas de telles circonstances.

Le cas de l’Italie en est l’illustration parfaite. Si la France avait choisi, comme certains hommes et femmes politiques l’avaient préconisé, de fermer ses frontières et d’annuler tout vols extra-européens, elle aurait été tout de même confrontée aux flux de ressortissants italiens, l’Italie signataire des accords de Schengen étant considérée comme le premier foyer européen du virus importé de Chine.

En outre, le Président Donald Trump, a annoncé en milieu de semaine la fermeture des frontières de son pays pour tous les vols en provenance d’Europe, et ce dès vendredi, minuit. « J’ai décidé de prendre des actions fortes mais nécessaires pour protéger la santé et le bien-être de tous les Américains » a-t-il affirmé avant de promettre, lors d’une allocution depuis le bureau oval , que « pour empêcher de nouveaux cas de pénétrer dans notre pays, je vais suspendre tous les voyages en provenance d’Europe vers les Etats-Unis pour les 30 prochains jours ». Ce dernier a notamment reproché à l’Union européenne de n’avoir pas pris les mesures adéquates et suffisantes qui aurait pu éviter la circulation du virus.

Toutefois, ces mesures qui pourraient s’apparenter à une retour au protectionnisme et à l’isolationnisme sont à relativiser, comme le précise Bruno LeMaire à Abou Dhabi : “Nous sommes très dépendants de l’approvisionnement de la Chine”, tout en affirmant que la situation doit évoluer vers une indépendance progressive notamment dans le secteur médical : “Nous ne pouvons pas continuer à dépendre à 80 % ou 85% de principes actifs pour les médicaments qui sont produits en Chine, ce serait irresponsable et déraisonnable”. Ainsi, le retour vers un protectionnisme, un isolationnisme qui se traduirait par la re-localisation et l’instauration d’un nouveau contrôle aux frontières n’est pour le moment pas considéré comme essentiel, ni même bénéfique aux intérêts nationaux et communautaires. Par ailleurs, les indications de l’OMS attestent de la pertinence et de l’utilité du multilatéralisme lors de la survenance de crises sanitaires et à l’aube de potentielles pandémies.

 

Ambre Mathieu
Press Team

 

 

 

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