Le général Pinochet : Un accusé solitaire ?


Quel cas mes amis ! Voyez la belle alliance de l’Histoire et du Droit !

A l’inverse du film « Le Procès du Siècle » sorti en 2015, il n’est ici nulle question de revenir sur les faits historiques comme le négationniste David Irving l’a fait.

Nous devons ici questionner la responsabilité d’un seul homme ou bien celui d’un système.

Les délibérations portent sur le général Pinochet et sa culpabilité ou non des crimes perpétrés pendant la dictature au Chili (1973-1988). Les faits chacun les connaît. Le 11 septembre 1973 marque les esprits chiliens bien plus que le 11 septembre 2001 car leur pays entier bascule. La fin de la dictature lors de l’élection présidentielle de 1988, Pinochet n’est pas réélu président (titre obtenu en 1980) et prend sa retraite de sénateur à vie.

Face à cette brûlante question d’un homme face à l’Histoire, cette simulation de la cour pénale internationale est captivante ! Créée en 1998, elle juge les personnes de génocide, crimes contre l’humanité, de crime d’agression ou de crime de guerre. Composée ici de huit juges experts amenés à rendre un verdict impartial, deux procureurs contre trois avocats tentent de convaincre l’assemblée.

De l’avis des procureurs, Pinochet est au centre du pouvoir et est le responsable direct des crimes de torture, d’exils forcés et de répression de la gauche en général. Peu importe son arrivée grâce aux Etats-Unis, il dirige un pays pendant 15 ans. La difficulté tient à avoir confirmation qu’un ordre quelconque de répression vient de Pinochet et de personne d’autre.

De l’avis des avocats, Pinochet est un maillon essentiel mais la prise en compte du contexte général est nécessaire. La CIA a financé grandement le Chili afin de faire basculer le régime démocratique d’Allende à hauteur de 13 millions de dollars en 1973. De même, nous devons prendre en compte les exécutants du régime. Les assassinats sont actes d’intermédiaires, non de Pinochet lui-même. Les expériences psychologiques de Stanley Milgram vont dans ce sens puisque le peuple nazi a suivi corps et âme les ordres du « Führer ». En serait-il autrement des chiliens ?

Alors forcément, face à cette divergence d’opinion les preuves accablent ou réfutent la responsabilité unique du général.

Les procureurs ont montré à travers le rapport de la commission de vérité et de réconciliation que les citoyens ne sont pas protégés. Telle la vidéo d’une prison (la villa Grimaldi) qui prouve l’existence de la torture et des centres de détention. Cependant, sortir du pays ne signifie pas être sauvé pour autant. Pinochet a à son encontre l’attentat du 21 septembre 1976 visant Orlando Letelier, l’ancien ministre des affaires étrangères du président Salvador Allende.

Vient le tour des avocats qui eux abordent la question par les soutiens extérieurs de Pinochet. D’abord les Etats-Unis, soutien sans faille puisque Pinochet est de fait une protection à l’endiguement du communisme. Mais la preuve surprenante est le soutien officiel de l’Angleterre une fois Pinochet déchu de ses fonctions. Margareth Thatcher déclare que l’emprisonnement de Pinochet est une « injustice ». D’autres preuves semblent réfuter la responsabilité unique du général. La création de la DINA, police politique du régime rompt la chaîne de commandement car des intermédiaires apparaissent. Plus personnellement, la santé du général a vocation de le discréditer. La Cour Suprême du Chili met fin en 2006 au procès du général, le déclarant inapte mentalement. Un expert est venu témoigner et étayer les faits, le général possède une démence vasculaire moyenne qui a commencé autour de ces 70 ans, soit vers 1985. Cette forme d’Alzheimer le rend inapte à avoir une conversation complexe.

Au terme de la journée achevée, quel camp retiendra l’attention des juges ?

Le suspense sera dévoilé dimanche lors de la cérémonie de clôture. En attendant, les procureurs paraissent sortir gagnants puisque seulement une preuve a été réfutée contre trois pour les avocats de la défense. Les juges n’ont point apprécié l’effort économique de Pinochet de redresser l’économie après la politique désastreuse de son prédécesseur porté par la défense. De même, la lettre de Pinochet visant à justifier son coup d’Etat n’est pas recevable, trop impartiale sans doute.

Le match continue et promet d’être ardu. Aucun des deux camps n’a l’intention de s’avouer vaincu pendant leur plaidoirie sitôt une objection des juges ou de leurs opposants. Le droit conserve ainsi toute son importance, au-delà de l’Histoire, pour obtenir l’adhésion des juges. En concluant sur un conseil essentiel, un d’entre eux m’a d’ailleurs dit : « Tout ce qui est faux est ce qui n’est pas prouvé » !

 

Fabien Collette

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *