Union Africaine : Joue là comme Donald !

L’Union Africaine (UA) planche depuis hier matin sur la question Libyenne. Une motivation est pourtant consensuelle : trouver la paix. Mais alors, qu’en est-il de la délégation libyenne dans ses débats. Subit-elle les recommandations de l’UA ou tire-t-elle son épingle du jeu des négociations ? Enquête

Création d’un directoire

L’heure n’est plus aux tensions et aux discussions mais à la décision. Le délégué marocain se lève et remet sa chemise dans son pantalon : il est prêt à présenter une résolution. Le silence se fait et l’attention est à son comble. Voilà là le travail de longues heures de négociations. L’objectif est de régler le problème, et du terrorisme et de l’insécurité en Libye suite à l’assassinat du général Haftar hier. Le gros du projet est de mettre en place un directoire, une organisation collégiale représentante des différentes factions politique libyenne. (Le pouvoir politique est en effet éclaté en Libye et ce, depuis toujours nous apprend son délégué. Mais alors que pensez de cette résolution ?) L’efficacité est de rigueur, le terme « d’urgence » et même de constitution d’un « état d’urgence » ont été plusieurs fois évoqués. Pourtant, la position de la délégation de Libye est particulière. Elle fait partie des signataires de la résolution et non des sponsors. Une seule question : pourquoi ?

La place particulière de la Libye

Dans ce comité la position de la Libye est intenable. Pendant un jour et demi elle se voit faire l’agrégat des recommandations de 26 pays tout en devant prendre en compte ses intérêts nationaux. Mais le vrai challenge n’est pas là. La délégation de Libye doit avant tout affirmer sa position dans ce comité internationale. En effet, la Libye est découpée en plusieurs factions politiques et a même deux gouvernements. Celui présent dans l’UA est, de facto, reconnu par la communauté internationale comme l’unique gouvernement légitime. Il n’en est rien en interne. Le second gouvernement dispose de la légitimité nationale et est issu de la chambre des représentants de Tobrouk. C’est ainsi que la délégation libyenne confie à l’Obs n’avoir « aucun pouvoir » et éveille ainsi la crainte dans la communauté internationale d’un « retour à la dictature ». C’est dans ce sens qu’elle est uniquement signataire de la résolution. Par ailleurs, tout au long de ces négociations elle s’est voulue consensuelle car elle a besoin du soutien de cette communauté internationale pour espérer se légitimer dans le chaos politique national.

Une stratégie discrète

Alors que le Maroc, la Tunisie, le Tchad et la Côte d’Ivoire par leur rôle moteur et leur proposition de résolution apparaissent comme les leaders, la place de la Lybie ne doit pas être sous-estimée. Elle fait une démonstration de puissance plutôt originale. Sa stratégie est de rester discrète et de soutenir activement, voire d’influencer légèrement, la résolution trouvée. Le délégué nous affirme être pour la création du Directoire. Diplomatiquement il nous le présente comme « une représentation du maillage ethnique » et un balcon où les ethnies pourront s’exprimer mais, officieusement, l’idée est ailleurs. « Je ne veux pas qu’il ait un pouvoir politique. Cela doit être consultatif ». L’objectif est finalement de concentrer dans une instance sans pouvoir la concurrence politique du gouvernement reconnu internationalement. On dirait bien que le délégué Libyen internationalise la politique de Trump : Limoger ces opposants pour mieux gouverner !

Ronan Pezzini

Leave a comment

Your email address will not be published.