Union africaine : après la mort du maréchal Haftar, un acte de coopération à haut risque

Un attentat perpétré dans la journée dans la région de l’est de la Libye vient de faire une victime : le maréchal Khalifa Haftar, contrôlant la partie Est de la Libye. A la suite de cette tragique nouvelle, l’Union africaine a souhaité régir les règles et imposer une solution, non sans rappel d’un certain colonialisme que l’Afrique a elle-même vécu.

 

La nouvelle de la mort du maréchal Haftar vient bouleverser l’avenir de la région et la géopolitique régionale. La mort du maréchal prive, de fait, la partie est de la Libye d’un de ses dirigeants. La réunion de l’Union africaine en cours a été marquée par un certain nombre de réactions de la part des Etats membres, qui se sont vus priés d’accélérer les processus de discussion et de proposition de résolution du conflit. La tâche s’annonce d’autant plus complexe que le conflit libyen était régi par une opposition entre le maréchal Haftar et les forces politiques légitimement élues.

Une nouvelle bouleversant l’équilibre régional

Dans l’immédiat, il sera question de l’avenir de l’armée dirigée par le maréchal Haftar. Cette situation de crise a provoqué une surprenante pacification des relations entre Etats africains. Il en découle un dialogue sur la nécessité d’une transition politique et d’une volonté commune. La délégation kenyane est alors intervenue pour exprimer sa volonté de lutter contre le terrorisme et de joindre l’armée du feu maréchal au processus de paix, qui serait, selon lui, le seul moyen d’obtenir une paix viable sur le long terme.

Les maitres-mots à l’avenir seront la collaboration et la coopération entre acteurs régionaux. L’Union africaine forme alors un bloc quasiment homogène, qui consacre sa montée en puissance et sa capacité d’autodétermination. C’est le choix de l’Union que de refuser toute ingérence extérieure au continent africain et de gérer cette crise qui s’annonce sans précédent et qui sonne comme un coup de tonnerre dans les paysages politique, militaire et géopolitique de la région du Maghreb. Le semblant d’équilibre politique est alors bouleversé et il appartiendra à l’Union africaine de proposer une résolution durable du conflit.

Proposition ou colonialisme ?

La force de proposition de l’Union africaine est légitime. Il est logique qu’une organisation de coopération régionale vienne proposer un plan de résolution d’un conflit au niveau régional. Cependant, est-ce le rôle d’une organisation intergouvernementale de tomber dans un colonialisme et dans l’imposition d’intérêts nationaux ?

Les enjeux sont trop importants pour rester dans un égoïsme étatique. Il est question de refondation d’un système judiciaire, des droits de l’homme, de l’Etat de droit, de sécurité humaine et humanitaire. La souveraineté d’un Etat ne peut être remise en cause que dans un cas : l’impossibilité pour un Etat d’assurer la sécurité humaine. C’est alors à la société internationale qu’incombe la tâche de protéger les civils. C’est la raison pour laquelle la discussion, après avoir employé les termes « d’imposition » et « d’ingérence », a pris une tournure plus consensuelle, fondée sur la collaboration et la coopération, sur la proposition, (et non sur l’imposition). Néanmoins, cette ambivalence est surprenante vis-à-vis d’Etats dont l’histoire des deux derniers siècles est marquée par le sceau de la colonisation.

La délégation du Tchad a même qualifié l’Union africaine « d’inefficace », jusqu’à présent. Or, l’urgence de la situation ne permet pas de se reposer sur une inefficacité. Quel que soit le résultat qui sera issu de la réunion de l’Union africaine, la situation aura permis de consacrer la montée en puissance d’une institution régionale dans son rôle de résolution des conflits.

– Arthur Levasseur

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