#LyonMUNxJeanMoulinPost – La naissance d’un multilatéralisme chétif (ou faillible ?)

Du 5 au 10 avril retrouvez le LyonMUN en collaboration avec le Jean Moulin Post pour un nouvel article chaque jour sur le thème général de l’édition 2021 : « Façonner le futur du multilatéralisme : rester unis dans un monde divisé. »

Chers lecteurs, tout au long de la semaine, le LyonMUN et le Jean Moulin Post vous proposent une immersion dans les multiples facettes du multilatéralisme ; nucléaire, projets spatiaux, enjeux des puissances émergentes … je ne vous en dit pas plus.

Pour ma part, il me semble intéressant, sinon essentiel, d’aborder le multilatéralisme sous un prisme plus historique, afin d’en saisir l’essence.

Le concert européen : la première expression moderne du multilatéralisme  

La naissance du multilatéralisme démarre en trombes ! Par un concert ; oui, le fameux concert européen qui suit la chute de l’Empereur, et avec lui, la chute de son Empire. Les souverains européens, muselés pendant près de quinze ans par les conquêtes successives de Bonaparte s’empressent de rétablir une Europe des nations, et avec, ses frontières d’antan. Caroline et Joachim chassés de Naples, Hortense et Louis de Hollande, Jérome d’Espagne, l’hégémonie Bonaparte se trouve anéantie, laissant place à une monarchie avide de pouvoir.

Fait des couronnes d’Autriche, du royaume de Prusse, de l’Empire russe et britannique, c’est à l’aube de l’an 1815 que se réunit le congrès à Vienne. Si le dessein majeur de cette manifestation est circonscrit dans l’établissement de nouvelles frontières, le congrès escompte en parallèle le rétablissement d’une paix durable par l’établissement d’un « nouvel ordre pacifique » – concept des plus originaux à une époque où agressions et conquêtes sont reines ; 

Deux cent princes et deux cent seize chefs de missions diplomatiques affluent chez les Hasbourg. Plus surprenant, des groupes d’intérêt ou de pression, lobbies dirions nous aujourd’hui, sont également présents ; on y compte les représentants des juifs d’Allemagne, les chevaliers de Malte, ou encore les abolitionnistes de la Traite des Noirs.

Cellule d’une nouvelle Europe aux mains des puissances monarchiques, le Congrès de Viennes est connu pour ses mondanités, ses nombreux salons, ses courtisanes… « le congrès s’amuse » dit-on.

Face au frénétique Metternich, Talleyrand, traître à l’Empire mais habile pour la France, tient tête, défendant bec et ongle une France orpheline et ruinée. En effet, l’ancien ministre des relations extérieures parvient à réunir autour de lui une dizaine de petits États, inquiets de l’appétence ravivée des grands.

Toutefois, Metternich, soutenu par les anglais, finit par l’emporter, et le début d’un multilatéralisme sonne la mort lente des États nations.

Les premiers échecs du multilatéralisme

Paradoxalement, la naissance du multilatéralisme jette les bases d’un nationalisme libéral qui s’exprimera au travers du Printemps des peuples. En effet, les révolutions qui secouent l’Europe début 1848 ne peuvent s’analyser autrement que comme la conséquence d’un mépris de nations emprisonnées dans le diktat de 1815. Ces évènements marquent le premier point d’une longue série de débâcles de l’instigation d’une paix durable par le multilatéralisme.

En plus d’avoir échoué à préserver paix et ordre en Europe, le concert des Nations, suivi du Congrès de Paris de 1856, se heurte à l’expansion coloniale qui ne fit qu’attiser les rivalités entre puissances européennes. En France, la renaissance d’un Empire aux commandes du cadet d’Hortense de Beauharnais, est également un affront au concert de nations. Napoléon III – autrefois surnommé « monsieur oui oui » par Bonaparte ; fait du principe des nationalités la base de la sa politique étrangère et envisage rapidement une révision des frontières de 1815. « L’empereur Napoléon s’est cru obligé de conquérir les nationalités pour les affranchir ; si jamais son successeur avait à les défendre, ce serait pour les affranchir sans les conquérir. ». C’est alors qu’en 1859, il fut instigateur d’un État roumain indépendant ; et qu’il fit don à notre soeur italienne de ses plus grandes prouesses en lui permettant de s’unifier en tant qu’État.

La fin du XIXème siècle est marqué par les conférences de la Haye de 1899 et de 1907 tentant de poser les jalons d’un multilatéralisme emprunt d’idéalisme pacifique, ayant “le pouvoir” de prévenir toute guerre imminente. Il est à noté que l’arrivée d’un libéralisme gouvernemental dans les années 1850 favorise les interactions inter-étatiques, et poussent les États à coopérer. De ces conférences, découlent les premières organisations internationales, qu’on appelait “bureaux” ou encore “unions internationales”.

Toutefois, le plongeon des États européens dans la Première Guerre Mondiale sonne le glas du premier multilatéralisme. En 1918, non plus objective, la diplomatie multilatérale se veut idéologique, emprunte des cultures et histoires des États nations. Toutefois, comme dans tout rapport de force, certaines cultures, certaines histoires se voient effacées au profit d’une culture, d’une histoire. Or, la Première Guerre Mondiale résonne comme la victoire des anglo-saxons, désormais aux commandes d’un monde détruit, où tout est à reconstruire. Les 14 points de Wilson, débouchant sur la Société des Nations, marquent le début d’un nouveau multilatéralisme, celui de l’universalisme, celui des organisations supranationales, qui plus tard, engloutiront nombreuses prérogatives des États-nations.

Toutefois, à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, et après de multiples traités, congrès, conférences pour la paix, le multilatéralisme montre une fois encore ses limites. L’idéalisme de l’organisation d’une paix juste par la proscription d’un recours à la diplomatie secrète, de la promotion du recours à l’arbitrage, de l’interdiction de toute annexion territoriale, par la coopération inter-étatique se trouve anéanti par un conflit qui marquera à jamais l’Histoire du XXème siècle. Et pour cause, des nations opprimées par des règles universelles méprisant  particularismes historiques et culturels, se livrent à une violence sans précédant, inhérente, l’avait-on oublié, aux relations humaines comme internationales.

Tout comme arrive un refrain après chaque couplet, une organisation internationale nait après chaque guerre. C’est le cas de l’ONU en 1945, qui promettait paix et sécurité internationale par la coopération inter-étatique. Néanmoins, si la Charte des Nation Unies sut proscrire conquête et agression, celle-ci n’est nullement parvenue à empêcher l’arrivée de nouveaux conflits internationaux, résurgent sous différentes formes, et dont les contours se sont montrés d’autant plus nébuleux (guerre froide, guerre au terrorisme etc.).

La théorie des jeux comme vulgarisation du paradigme multilatéral

Vicié autant dans son esprit que dans sa pratique, le multilatéralisme se voit perpétuellement contre-carrer par les regains nationalistes d’États-nations qui privilégient la protection de leur souveraineté sur la gestion multilatérale de certaines de leurs prérogatives.

Scientifiquement, on pourrait associer ce phénomène à la théorie des jeux dans les relations internationales. Cette notion constitue un ensemble d’outils analytiques qui ont été développés pour faciliter la compréhension des situations d’interactions entre décideurs rationnels. Cela s’analyse comme une situation dans laquelle deux joueurs auraient tout intérêt à coopérer, mais où, en l’absence de communication entre les deux joueurs, chacun choisira de trahir l’autre si le jeu n’est joué qu’une seule fois. Pour cause, si l’un coopère et l’autre trahit, le plus diligent des deux se verra fortement pénalisé. Pourtant, si les deux se trahissent, le résultat qui en ressortira sera moins complaisant que s’ils avaient tous deux choisi coopération sur trahison.

En relations internationales, ce concept s’est développé en pleine guerre froide, dans le marasme du monde bipolaire.

À ce propos, la théorie des jeux est fréquemment utilisée pour expliquer le concept de dissuasion nucléaire : dans une situation où deux ou plusieurs États disposeraient de l’arme nucléaire, aucun d’entre eux n’a intérêt à s’en servir. Pour autant, ils n’ont pas non plus intérêt à s’en séparer, au risque de devenir vulnérables.

Ainsi, le multilatéralisme est une situation dans laquelle tous les acteurs ont intérêt à coopérer pour parvenir aux finalités escomptées. Toutefois, la scène internationale est également régie par l’imprévisibilité du comportement de ses acteurs. Or, si un des acteurs décide de cesser toute coopération, alors on se retrouve dans un jeux à somme nulle, avec pour gagnant l’État non coopératif, et pour perdants, les États coopératifs. Dans une telle situation, les États perdants auraient, de facto, mieux fait de ne pas coopérer.

C’est ainsi, qu’après des années de conflits, les États considèrent qu’ils auraient dû coopérer pour éviter de tels dégâts aussi bien humains, qu’économiques et politiques. Néanmoins, une fois la coopération établie, certains États se lassent d’une gestion multilatérale des différends, et cessent de coopérer, même si à terme, la probabilité de nouveaux conflits demeure élevée. Les États suivant la politique multilatérale d’après guerre – à savoir pacifique ; deviennent donc vulnérables face à l’État ayant rompu avec ce système pacifique, pouvant les surprendre à tout moment.

Cette alternance pourrait donc constituer une théorie des jeux répétée, car si le multilatéralisme est très apprécié dans un contexte post bellum, il est toutefois rapidement délaissé par certains États préférant une autonomie quasi-totale dans le règlement de leurs différends plutôt qu’un universalisme bafouant leurs particularismes.

 

 

Ambre Mathieu 

AUSG -Pôle Presse

 

 

Vous souhaitez vous aussi débattre sur le sujet du multilatéralisme ? C’est le thème général du LyonMUN 2021 (Du 20 au 23 mai) Inscrivez-vous dès maintenant sur  mymun.com/muns/lyonmun-2021

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