L’Irlande politique par le prisme du Brexit

On penserait que c’était hier, et pourtant le referendum aboutissant au vote favorable à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne date déjà du 23 juin 2016. Le Brexit devrait emporter toutes ses conséquences définitives en mars 2019, et pourtant les négociations sont toujours en cours et restent délicates. Une des conséquences du Brexit réside dans le fait que cela réveille le spectre de tensions irlandaises, peuple / nation / groupement / #àlarecherchedunequalification, quelque part toujours divisé entre les unionistes (proche de Londres) et les républicains (voulant une Irlande réunifiée).


Trois problématiques sont ainsi particulièrement sensibles : (1) la situation des citoyens européens installés au Royaume-Uni / ressortissants britanniques installés dans UE, (2) les questions budgétaires ou quelle va être la facture pour le Royaume-Uni, (3) coup de projecteur sur la frontière irlandaise.

Retour aux origines : le conflit Nord-irlandais, des simples « troubles » à la guerre civile


L’histoire irlandaise est marquée par près de 300 ans de domination, voire d’occupation anglaise et de conflit ; le tout accompagné par des discriminations religieuses des protestants anglais envers les catholiques irlandais. Ce n’est qu’en 1921 qu’est signé le traité de Londres accordant une indépendance partielle. Mais pour quel découpage ?  L’île irlandaise est alors partagée inégalement entre une partie sud et une partie nord. Ainsi se distinguent l’Irlande du Nord, rattaché au Royaume-Uni et occupant 6 comtés, et l’Irlande du Sud qui en est indépendante et qui occupe 26 comtés.


Cette indépendance, qui n’est que partielle, ne permet alors pas une situation apaisée. À la fin des années 60, débute une véritable escalade de violence qui prendra le nom de « the Troubles ». Elle débute lors de manifestations pacifistes en Irlande du Nord par des catholiques irlandais qui défilent désarmés dans les rues, pour dénoncer les discriminations dont ils sont victimes ; celles-ci étant à la fois sociales, économiques et politiques. Cependant, la situation dégénère par la répression violente de ces manifestations par l’armée britannique, qui tire sur la foule. 


Si un épisode a été particulièrement marquant pour les mémoires et est aujourd’hui commémoré, il s’agit du Bloody Sunday ; tuerie intervenue le 30 janvier 1972 où l’armée britannique a ouvert le feu sur une manifestation pacifiste, demandant une fois encore l’égalité des droits entre catholiques et protestants. Ce à quoi le camp adverse a riposté par un Bloody Friday du 21 juillet 1972, illustrant bien la logique du coup-pour-coup, déchirant et divisant la population civile. 


Avec un bilan de plus de 3500 morts, ce n’est que 30 ans après le début de cette escalade notoire de violence, qu’est signé l’accord de paix du Vendredi Saint en 1998, imposant un cessez-le-feu et poussant les différentes milices paramilitaires à renoncer à leurs armes (ex : l’IRA qui luttait pour l’indépendance irlandaise tout en organisant des attaques à la bombe contre les protestants via des ripostes telles que le Bloody Friday).

La frontière irlandaise au sein du Brexit : crispation et blocage des négociations


Cette problématique est aujourd’hui centrale dans la négociation du Brexit. En effet, si les divergences entre Londres et Bruxelles sont fréquentes, la frontière irlandaise en est une de plus. 


Actuellement, l’Union européenne défend la position suivante : une même situation, un « alignement », entre l’Irlande du Sud et du Nord, c’est-à-dire que cette dernière resterait membre du marché unique européen et de l’union douanière. Pas de frontière économique donc. Ni d’atteinte envisagée à la libre circulation des personnes qui poserait un semblant de frontière.


Or, le Royaume-Uni qui quittera ces deux systèmes en devenant un Etat tiers à l’UE via le Brexit, y oppose un motif fondamentalement politique puisqu’il considère que cela représente une atteinte à son intégrité territoriale et même à sa situation constitutionnelle. En effet, l’UE créerait une frontière douanière mais aussi juridique car des règles européennes s’appliqueraient au sein même du Royaume-Uni.
La position de ce dernier est donc claire ; il rejette cette proposition et les plus virulents accusent même l’Union européenne de vouloir « annexer » l’Irlande du Nord alors même que cette dernière s’était prononcé contre le Brexit.


De plus, si la situation est de nos jours globalement apaisée depuis l’accord de 1998, Londres et Bruxelles restent néanmoins unanimement convaincus qu’une frontière en dure fragiliserait possiblement cet accord. En effet, cet accord est avant tout un cessez-le-feu, et ce datant d’environ 20 ans, il reste encore jeune donc à risques. Des questions sous-jacentes se posent en coulisse. Les groupes paramilitaires sont-ils tous effectivement dissous ? Va-t-il y avoir un retour de tensions entre catholiques et protestants bien que la situation soit apaisée aujourd’hui ? Le mouvement de réunification peut-il trouver un nouvel essor, si l’UE obtient gain de cause et crée une forme d’unification économique entre deux populations semblables ?

Petite note : * Royaume-Uni = 4 nations constitutives = Angleterre, Irlande du Nord, Écosse, Pays de Galles

Elise Bechon

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