#Décryptage – La Chine : une rivale de taille pour les États-Unis?

Avec l’élection de Joe Biden le 3 novembre dernier, il semble que les États-Unis soient bien décidés à jouer un rôle plus important sur la scène internationale. Ce constat n’est pas vu d’un bon œil par Pékin, qui ne cesse d’étendre son influence sur une région de plus en plus importante.

Depuis 2016, Donald Trump retire les États-Unis d’une grande partie du système multilatéral. Ce fut par exemple le cas du retrait de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018, celui sur les accords de Paris en 2017 ou encore la même année celui du traité libre-échange transpacifique… Autant d’opportunités qui laissent à la Chine un grand couloir pour revenir de plus belle sur la scène internationale. Mais, paradoxalement, la guerre commerciale et économique que se livrent Washington et Pékin affaiblit le rouleau compresseur chinois. Cet affaiblissement pourrait également être accentué par le retour des États-Unis sur l’échiquier mondial, gênant ainsi la Chine dans ses affaires qui semblaient pourtant prospérer jusqu’à présent. Intéressons-nous de plus près à ces dernières.

Yaorusheng – Getty

Une réussite pour la Chine : la signature du partenariat économique régional global

La dernière victoire en date pour la Chine remonte au 15 novembre dernier. Elle est celle de la signature du partenariat économique régional global (en anglais Regional Comprehensive Economic Partnership dit « RCEP »). Plus grand accord commercial au monde, il regroupe notamment les dix pays composant l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN), dont l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Il consiste principalement en une réduction des droits de douane entre pays membres. Le RCEP est un formidable outil pour asseoir l’influence chinoise en Asie, et ce, notamment en raison de son poids économique fort dans l’alliance.La Chine devra veiller à ce que ce déséquilibre ne soit pas perçu comme une menace par ses voisins et partenaires. Ce partenariat a réduit à néant les efforts américains, notamment menés sous la présidence Obama, tendant à s’imposer en Asie, en faveur du leadership chinois. 

La vertigineuse ascension de la marine chinoise

Ce leadership, la Chine est prête à l’assumer, et elle met tout en œuvre pour le faire. Cette volonté se traduit notamment par une vertigineuse ascension de la marine chinoise. En effet, cette dernière progresse à une vitesse prodigieuse, aussi bien en termes de volume que de capacités. Intéressons-nous aux chiffres. Entre 2005 et 2019, la marine chinoise a augmenté son tonnage de près de 50% (source : meretmarine.com). De plus, sur trois ans, entre 2015 et 2018, l’augmentation de tonnage de la marine de guerre représentait plus que l’ensemble de la marine nationale française ! Certes le tonnage ne donne pas toutes les informations nécessaires à la compréhension de la montée en puissance d’une armée, mais il aide à comprendre que les capacités chinoises navales mises en œuvre progressent à très grande vitesse. L’armée chinoise représente en termes de budget près de 166 milliards de dollars, ce qui en fait le deuxième budget de la défense mondiale, après celui des États-Unis qui culmine à près de 740 milliards de dollars pour l’année 2020. Les chantiers navals chinois tournent à plein régime, faisant de la Chine le leader mondial de la construction navale : on dénombre en moyenne un lancement de destroyer chaque mois et une mise à l’eau de sous-marin tous les trimestres.

Longtemps cantonnée au rôle de puissance régionale, la Chine est de plus en plus désireuse de s’internationaliser. Ainsi, le pays ambitionne d’ici 2049 de devenir un alter-ego des États-Unis dans les affaires du monde. Pour autant, cet instrument naval éprouve des difficultés à s’orienter vers une projection internationale. En effet, sa seule base extérieure est celle de Djibouti, position cependant stratégique pour le commerce maritime (40% du commerce mondial y transitent) et porte d’entrée sur l’Afrique. Néanmoins, en accroissant son influence autour d’elle, la Chine n’aurait pas de peine à obtenir certaines facilités d’escale chez eux.

De nouveaux enjeux : l’exemple de la 5G

Au-delà du simple aspect de communication, la 5G fait l’objet d’une véritable guerre technologique entre la Chine et les États-Unis, obligeant chaque pays à se positionner en faveur de l’un ou de l’autre. Jusqu’à présent, les standards en termes de téléphonie étaient largement contrôlés par les États-Unis, qui en profitaient, discrètement, pour accéder aux communications mondiales via leurs agences de renseignements électroniques et celles de leurs alliés. Pourtant, pour la première fois, ces standards téléphoniques sont dominés par un groupe chinois en parfaite harmonie avec le régime : l’entreprise de télécommunications Huawei.

L’enjeu est ici bien plus grand qu’une simple guerre commerciale. La 5G représente un enjeu majeur en termes de cybersécurité. En effet, les équipements de télécommunications servent bien souvent à l’espionnage. Ainsi, et vous l’aurez compris, celui qui couvrira le plus grand nombre de réseaux dominera le secteur de la cybersécurité. Pour Washington, cette expansion chinoise doit absolument être freinée. Huawei, groupe chinois leader sur son propre marché et deuxième sur le marché européen menacerait la sécurité : les États-Unis sont dans la crainte que ce matériel chinois ne facilite les opérations d’espionnage et de cyberattaques.

Cette guerre commerciale et technologique se transforme en guerre diplomatique dans laquelle chacun des acteurs joue sa partition. En décembre 2018, les États-Unis exigent du Canada qu’il arrête Meng Wanzhou, directrice financière du groupe Huawei et fille de son fondateur, lors d’une escale à Vancouver aux motifs d’affaires illégales avec l’Iran. Pékin, en représailles, a arrêté et emprisonné deux canadiens travaillant en Chine. Représailles sur représailles, nous assistons à une escalade des tensions entre les deux pays qui est allée, en juillet dernier, jusqu’à la fermeture du consulat chinois à Houston (États-Unis), et une semaine plus tard celle du consulat des États-Unis à Chengdu (Chine).

Le partenariat Russie/Chine : obstacle assumé face aux États-Unis

Il faut noter que la Chine gère parfaitement ses relations avec la Russie. En effet, il est possible de déceler ce qui s’apparente à un partenariat entre les deux pays. Ce dernier serait fondé sur un socle commun : le rejet de l’hégémonie américaine, et de ses ingérences en Asie. Cet intérêt commun prime aux yeux de Moscou et de Pékin sur des tensions qui pourraient préexister entre les deux pays. Les États-Unis de Joe Biden laisseront sans doute moins de place à remplir pour la Chine. Nous devons alors penser à la possibilité d’un partenariat russo-chinois renforcé, précisément pour dissuader les futures interventions occidentales… 

 

Sources : 

COURMONT Barthélemy,« Zone Asie-Pacifique : un partenariat historique qui confirme la perte d’influence des États-Unis » [en ligne]. 2020, IRIS. Disponible sur : https://www.iris-france.org/151836-zone-asie-pacifique-un-partenariat-economique-historique-qui-confirme-la-perte-dinfluence-des-etats-unis/

« La Chine dévoile ses ambitions pour l’avenir » [en ligne]. 2020, Courrier International. Disponible sur https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/politique-la-chine-devoile-ses-ambitions-pour-lavenir

« Chine/États-Unis : vers la guerre, vraiment ? » [en ligne]. 2020, France Culture. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/chineetats-unis-vers-la-guerre-vraiment

« 5G : une guerre froide sino-américaine » [en ligne]. 2020, Le dessous des cartes, Arte. Disponible sur : https://www.arte.tv/fr/videos/091146-027-A/le-dessous-des-cartes/

 


 

Mauriane Jansen

Press Team

 

 

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