Le capital humain, un moteur de développement ?

Depuis les premières Révolutions Industrielles fin XIX ème siècle, l’Homo economicus est captivé par l’idée d’investir dans des infrastructures toujours plus rutilantes, dans des technologies toujours plus performantes, infaillibles, quitte à parfois, privilégier investissements matériaux sur investissements humains.

Rappelez-vous, Marx, dans son Manifeste du Parti Communiste, soulignait déjà au XIX ème siècle, l’importance, voir-même la nécessité du travail humain – et donc du capital humain – sur le système de production – tout en relevant la domination exercée par les propriétaires des moyens de production sur la classe ouvrière. Il s’agira ici, non pas de valider l’entièreté des travaux de Karl Marx, mais d’étudier, pour mieux comprendre, l’impact de l’investissement humain sur la santé économique d’un pays.

 

Qu’est-ce que le capital humain ?

Gary Becker, dans les années soixante, définit le capital humain comme « un stock de ressources productives incorporées aux individus eux-mêmes, constitué d’éléments aussi divers que le niveau d’éducation, de formation et d’expérience professionnelle, l’état de santé ou la connaissance du système économique ».

Ainsi, le capital humain consiste aux capacités cognitives, techniques, et manuelles qu’un individu en devenir peut acquérir tout au long de sa formation, qui lui permettront de s’insérer plus au moins facilement dans la vie socio-économique, et notamment qui lui conféreront la qualité de producteur.

A cet égard, on observe une différence principalement entre pays développés – ayant les moyens d’investir dans le capital humain, notamment l’éducation et les pays en voie de développement ou sous-développés, qui manquent, pour la grande part, de ressources et de moyens humains, financiers, matériels permettant l’investissement dans le capital humain.

 

Cas des pays développés

Dans les pays développés, deux points de vue peuvent être étudiés : celui de l’individu, et celui de la société. Dans le cas de l’étude du capital humain, et l’investissement de celui-ci, les parents jouent un rôle majeur, car en fonction de leur catégorie socio-professionnelle (CSP), de leur niveau d’éducation, parfois même de leur âge, ces derniers tendent à vouloir et pouvoir davantage investir ou non dans l’éducation de leurs enfants.

Tout cela est particulièrement visible dans l’orientation post-baccalauréat. En 2012, par exemple, parmi les jeunes âgés de 20 à 24 ans, 57 % étudient ou ont étudié dans le supérieur. C’est le cas de 78 % des jeunes dont le père est cadre ou de profession intermédiaire, face à 42% de ceux dont le père est ouvrier ou employé. Ainsi, on en conclut que la CSP des parents reste un facteur, dans certain cas déterminant, et ce, malgré le soutien de l’État par différents instruments que nous verrons par la suite. Nous faisons face à ce que le sociologue Raymond Boudon appelle la théorie du “coût/avantage”, qui permet d’analyser le rôle de la famille et du système scolaire dans la reproduction sociale. Dans ce cadre, il est nécéssaire de prendre en compte le fait que le niveau des ressources de la famille, qui peut influer sur la trajectoire scolaire. Faire des études représente un coût pour les familles, ce qui poussera par exemple certains jeunes à ne pas faire d’études ou de longues études pour rentrer sur le marché du travail plus rapidement et donc être indépendant financièrement. A l’inverse, un jeune qui choisit de poursuivre des études longues post-baccalauréat implique que sa famille puisse en partie ou totalement assumer financièrement ses études (frais de scolarité, logement, alimentation, transports, etc).  Néanmoins, une fois entré sur le marché du travail, ce jeune adulte aura plus de chance d’accroitre sa rémunération rapidement : des recherches ont montré que chaque année d’étude en plus permettait d’accroitre de 10% le salaire d’un individu.  

Accès à l’enseignement supérieur selon l’âge et le milieu social en 2012 (en %)

Source : INSEE (enquête Emploi)

 

Le coût de l’éducation nationale en 2017 en euros

Source : Ministère de l’Éducation Nationale et de la jeunesse

 

Investissement public dans l’éducation

En 2015, par exemple, l’État français a dépense en moyenne 11 680 euros pour chaque étudiant dans le supérieur, et alloue 6,7% de sa richesse totale (PIB) dans l’éducation nationale. Ce dernier envisage ces dépenses comme de réels investissements qui lui permettront, premièrement de disposer d’une main d’œuvre garantissant la pérennité de la croissance économique, et secondement d’éviter des dépenses futures en aides et allocations – les étudiants étant censés être en capacité de travailler, et de vivre de leur revenu en sortie d’étude. Par ailleurs, les moyens que les pouvoirs publics investissent dans les domaines de l’éducation (école publique, université, bourses etc.) sont également un outil permettant aux enfants issus de milieux précaires d’avoir la chance d’accéder aux mêmes formations que les élèves issues de milieux plus favorisés. Cependant, à l’aune des travaux de nombreux sociologues et économistes, la réussite dite « ascenseur social » est encore loin d’être effective.

Si l’on se fie à la théorie de l’accumulation des connaissances, l’investissement par l’État dans le capital humain peut être bénéfique à long terme. D’après cette théorie, les connaissances accumulées entraineront nécessairement des gains de productivité, et de ce fait, une production efficiente. Ici encore, la dichotomie pays riches et pays pauvres est criante. Les premiers, qui ont accumulé beaucoup de connaissances et qui bénéficient donc d’une productivité élevée et de par ce fait, d’une production importante favoriseront le renforcement de l’accumulation de connaissances. Ces pays entrent donc dans un cercle vertueux.

Tandis que les seconds, qui n’ont pu accumuler de nombreuses connaissances, dû notamment au faible investissement dans l’éducation et la formation des jeunes, ont une faible productivité et de par la même, une production au ralenti, ce qui pérennise le niveau faible de connaissances – on peut donc parler de cercle vicieux, ou plus couramment de “trappes à pauvreté”.

 

Cas des pays en voie de développement

En outre, les pays en voie de développement concentrent, pour la plupart, une population n’ayant pas les moyens d’investir réellement dans l’éducation de leurs enfants. 60 % des élèves du primaire n’atteignent pas les niveaux de compétences minimales au cours de leur apprentissage. 260 millions d’enfants et de jeunes dans les pays en développement ne sont pas scolarisés, ce qui ne fait qu’accroitre les dichotomie pays du Nord / pays du Sud.

 En outre, le taux de natalité des pays du Sud est bien plus élevé en moyenne que celle des pays du Nord, ce qui oblige certaines familles a “choisir” qui aura la chance ou non de poursuivre sa scolarité.

Ce choix se fait dans la plupart des cas en fonction du sexe de l’enfant, ce qui explique pourquoi les jeunes filles, dont l’éducation est loin d’être une priorité, sont dans certains cas mariées de force à un très jeune âge, ou le cas échéant, sont contraintes à travailler. À ce propos, l’UNESCO pointe du doigt certains chiffres alarmants : Moins de 40 % des pays ont atteint la parité filles-garçons dans l’éducation. Seuls 39% des pays affichent des proportions égales de filles et de garçons inscrits dans l’enseignement secondaire. 2/3 des 774 millions d’adultes analphabètes dans le monde sont des femmes. Parmi les 123 millions de jeunes analphabètes dans le monde, 76 millions d’entre eux sont des femmes.

Ainsi, que ce soit dans un pays développé, ou en voie de développement, la problématique demeure la même. Moins les parents disposent de moyens financiers moins un enfant aura de chance de poursuivre ses études en raison de la nécessité d’un autre salaire aidant le reste de la famille à vivre.

Ainsi, si l’éducation demeure essentielle à la bonne santé économique d’un pays et peut être – à terme – à l’éradication de la pauvreté, les bienfaits de celle-ci demeurent encore trop sous-estimés. Néanmoins, afin que les investissements – à la fois des État et des familles – dans l’éducation des jeunes populations soit optimales, il faut que ceux-ci soient accompagnés d’investissements de santé, garantissant un système sanitaire solide et, pour le dire de manière concise, une plus longue espérance de vie, assurant un nombre d’actifs suffisants pour maintenir une croissance économique stable.

 

 

Ambre Mathieu

Press Team

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *