#Décryptage : Persécution des Ouïgours – La Chine à découvert


      Samedi 16 novembre, le journal américain The New York Times, a fait éclater « The Xinjiang Papers ». 400 pages de documents internes du régime chinois, mettant en lumière de manière officielle la mécanique répressive du gouvernement envers la minorité religieuse des Ouïgours. Une machinerie sur laquelle la communauté internationale ne peut plus rester silencieuse.

 

Qui sont les OuÏgours?

         Les Ouïgours sont un peuple d’origine turque issus des anciennes tribus Oghouz, un ensemble de tribus que l’on considère comme étant la racine originelle des Turcs vivant de nos jours en Asie Occidentale. Auparavant nomades, les Ouïgours (les « Unis ») s’établissent en Mongolie au VIIIème siècle, où ils prennent le pouvoir et fondent un puissant empire allant jusqu’à la Chine. À la même période, ils se tournent vers le manichéisme (une variante du mazdéisme, religion Perse) et d’autres croyances religieuses, délaissant alors le chamanisme. C’est suite aux attaques des Kirghiz au IXème siècle, aujourd’hui peuple vivant au Kirghizistan, que les Ouïgours doivent migrer vers la région actuelle du Xinjiang. Au IXème et Xème siècle, l’Islam se diffuse rapidement sur la terre Chinoise, et est adopté par la civilisation Ouïgour. Le Xinjiang, autrement appelée le « Turkestan chinois » est une province autonome à L’Ouest de la Chine. Avec quelques 24 millions d’habitants, la région abrite à ce jour près de 45% de cette ethnie musulmane et turcophone.

 

 

LES OUÏGOURS DU XINJIANG, UN MAL-ÊTRE QUI DURE DEPUIS LONGTEMPS

        Au XXème siècle, dans un contexte d’affaiblissement de la Chine, le Xinjiang connait l’établissement de deux Républiques indépendantes. La République turque islamique du Turkestan oriental, majoritairement dirigée par des panturquistes anticommunistes ; puis La République du Turkestan oriental, soutenue par les soviétiques. Après un raffermissement de la Chine portée par le Maoïsme, l’opposition panturquiste est éradiquée, et le Xinjiang devient une province autonome en 1955. En réalité, le système politique reste sous le joug du parti communiste, et la région connait une dynamique de sinisation forte courant XXème siècle, notamment par l’implantation des Han, poly-ethnie chinoise majeure. Le droit à l’autodétermination du peuple OuÏgours est complètement exclu, et c’est dans ce contexte que les répressions sont régulières. À partir de 1966, la pratique de l’Islam est interdite dans la région et plusieurs mosquées et lieux saints sont détruits. Depuis l’arrivée de dirigeants conservateurs en 1989 au gouvernement, c’est un cercle vicieux attentats/répression qui est enclenché. Une loi en 1998 condamnant les crimes contre-révolutionnaires alors entendus comme atteinte criminelle à l’État vient renforcer le tout. Les attentats du 11 septembre 2001, sous prétexte de guerre contre les réseaux terroristes islamistes, donnent au gouvernement chinois une raison de durcir l’oppression envers les Ouïgour. Plusieurs soulèvements illustrent cette dynamique hostile : Les émeutes d’Urumqi en 2009 engendrant 100 à 200 morts, les attentats contre les Hans comme l’explosion en 2013 d’une voiture à Tienanmen faisant 38 blessés, ou encore l’attaque au couteau dans la gare de Kunming avec 31 victimes au compteur.

 

FORMATION RÉPRESSION

       Le 31 août 2019, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale du Haut-Commissariat des droits de L’Homme publie un rapport dans lequel il déclare, d’après des informations concrètes, que près d’un million de Ouigours seraient placés en détention secrète dans des camps. Cette déclaration démontre aussi une définition trop large des notions de « séparatisme », « terrorisme » et « extrémisme », derrière lesquelles se cache le gouvernement chinois. Ce même Comité se dit alarmé par ses détentions sans jugement ou inculpations fondées.

     La vérité éclate samedi dernier sur la scène internationale, lorsque le Le New York Times met en lumière un ensemble de documents inculpant directement Pékin. À l’intérieur se trouvent 96 pages de retranscriptions des discours internes de Xi Jingping, et 102 pages de discours d’autres membres du gouvernement, dont M.Chen Quango, à la tête du Xinjiang depuis 2016. Enfin 161 pages de rapport sur la surveillance et les directives de contrôle des Ouïgours, et 44 pages d’investigations internes auprès des fonctionnaires locaux. L’ensemble de ces documents retracent une machinerie lente et silencieuse de la part des autorités chinoises, suivies par le gouvernement du Xinjiang. Les camps ré-éducatifs ou de formation pour développer l’emploi local, sont en réalité des camps d’internements.

« Aptitudes professionnelles, entraînements éducatifs, et centre de transformation » comme « exemple des bonnes pratiques » déclare M.Chen dans une vidéo conférence du 17 août dernier

 Une enquête menée par plusieurs organismes dont le média Libération détaille qu’environ un millier de ces camps ont été construits sur les trois dernières années, et que 1 à 3 millions de Ouïghours y sont internés.

   Autre élément inculpateur : un discours démontrant la volonté d’élimination de ces populations.

« Nous devons être rigoureux, et ne montrer absolument aucune pitié »

Xi-Jiping dans la retranscription de ses discours révélés par les documents.

Ces pages, révèlent aussi un « guide » pour répondre aux questions de la population, notamment des étudiants inquiets de la disparition de certains proches qui ne doivent pas « rependre des rumeurs ».  Les arguments sont que les populations Ouïgours auraient été atteinte de « pensées malsaines », un « virus » de l’extrémisme à éradiquer pour leur rendre une manière de penser saine.  Une rééducation comme seule voie pour rétablir la liberté selon Pékin

“It is just that their thinking has been infected by unhealthy thoughts”

 

QU’EN EST-IL DU DROIT INTERNATIONAL DES MINORITÉS ?

     Jusqu’à maintenant, la communauté internationale ne pouvait réellement réagir, car malgré de nombreuses investigations les preuves de cette répression organisée étaient faibles. Mais les déclarations de janvier du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale du Haut-Commissariat des droits de L’Homme, et surtout la révélation au grand jour de ces documents internes au gouvernement chinois changent la donne. Une utilisation « hors contexte » selon le porte-parole du gouvernement mais prouvant pourtant directement la culpabilité de Pékin

Plusieurs pactes de L’ONU tendent à protéger les minorités religieuses et ethniques du monde. Notamment la Déclaration des droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques de 1992, La déclaration universelle des droits de l’Homme de 1949, et surtout l’article 27 du Pacte international relatif aux droits civiques et politiques de 1966 garantissant la liberté et le principe de non-discrimination des minorités. Il reste à voir comment le reste des pays membres vont traiter cette question délicate. Une chose est certaine, le silence n’est plus de mise.

 

 

Ruiz Mathilda

Press Team

 

 

 

Sources:

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