CPI – Alfred YETATOM : le coupable idéal d’une guerre incomprise ?


La Cour Pénale Internationale (CPI) se réunit aujourd’hui pour juger un potentiel criminel de guerre centrafricain : Alfred Yekatom.

La Centrafrique : un pays dans une situation chaotique

En 2003, François Bozizé prend le pouvoir par un coup d’Etat puis est défait par la Séléka, vaste coalition musulmane, qui porte au pouvoir M. Djotodia en 2012. En 2013, face aux exactions des Séléka aux communautés chrétiennes, les rebelles anti-Balaka décident de riposter, déclenchant la troisième guerre civile du pays depuis son indépendance en 1960. Rassemblant au départ des paysans depuis 2009, ils voient dans le pouvoir en place un danger à supprimer par tous les moyens. Par la suite, ils sont rejoint dans leur lutte par M.Bobizé, qui voit dans cette lutte armée l’occasion de reprendre le pouvoir. En 2014, Djotodia démissionne mais la guerre civile ne s’arrête pas, bien au contraire. La France décide le 5 décembre 2013 jusqu’au 31 octobre 2016 de recourir à une intervention armée nommé « Sangaris ». Mandaté par l’ONU, l’intervention de l’armée française est complétée par les accords de Brazzaville en 2014, chargés entre autres de procéder à un désarmement des milices et de parvenir à des élections démocratiques, qui n’est hélas évidemment pas respecté.

Alfred Yekatom, né en 1975 a servi comme caporal-chef dans les Forces armées centrafricaines (FACA), armée régulière de la République centrafricaine. Après cette carrière classique, il aurait été un chef de milice dirigeant la faction du mouvement antibalaka dite « du sud » d’au moins 3000 hommes. Il a notamment commandité l’attaque de la capitale, Bangui, le 5 décembre 2013. Député de la circonscription de Mbaïki, iI entre 2016 et 2018, il est arrêté et conduist à la CPI après avoir tiré deux coups de feu en l’air dans le Parlement, alors que celui-ci était en plein débat pour élire le Président. Il est soupçonné de crime de guerre et de crime contre l’Humanité entre 2013 et 2014, ces derniers recouvrant des actes tels que les meurtres, tortures, persécutions, disparitions forcées, enrôlements d’enfant de moins de 15 ans.

Cerveau ou homme de main un « tantinet grande gueule »

Pour les procureurs, le doute n’est pas de mise : M.Yekatom, par sa fonction de Chef militaire, aurait commandité les crimes ou commis directement. Sa condamnation vise à juger tous les potentiels acteurs de la guerre, qui par leur fonction hiérarchique ont usé du pouvoir octroyé. Nulle ne sert en définitive, comme dans le procès de Nuremberg en 1945, de condamner seulement la haute hiérarchie militaire et politique pour exemple symbolique. C’est pour cette raison que les procureurs ont dévoilé des reportages de journalistes français et se sont appuyés sur els accusations d’ONG telles qu’Amnesty International. Prenant de ce fait le risque d’accorder une importance notable en des acteurs pourtant extérieurs à la guerre civile.

Du côté de la défense représentée par les avocats, la tâche est ardue, tant les preuves semblent accabler ce potentiel criminel de guerre. Comme Dupont-Moretti avec M.Balkany, l’avocat ne sert finalement qu’à effectuer une plaidoirie sensationnelle avant d’être vaincu face aux évidences. Néanmoins, leur démonstration n’est pas sans soulever les ambiguïtés d’une condamnation signée d’avance. Leur stratégie vise à présenter M.Yekatom comme un subordonné et non un chef militaire disposant d’un réel pouvoir d’action. Devant la désorganisation apparente des factions anti-Balaka, les leaders de ces factions n’ont que peu de pouvoir pour réguler l’action de leur homme. Face à la menace des Séléka, la coalition des anti-balaka dispose cependant d’un chef officiel, prénommé M. Ngaïssona, qui a signé la conférence de paix de Brazzaville. Ce dernier, arrêté en décembre 2018 est la tête à faire tomber pour enfin ramener la paix sociale en Centrafrique.

La CPI, des débats réussis mais assombris par des soupçons de corruption

La forme, elle n’a pas manqué de rebondissement. Objection sur objection, chaque camp a tenté d’user de ce stratagème pour déstabiliser son adversaire. Les juges, eux, ne sont pas en reste puisqu’ils ont tenté, par leurs multiples interrogations, d’amener chacun dans ses retranchements, suscitant un débat des plus animés aux allures d’une pièce de théâtre des plus réussies, prenant néanmoins le risque majeur de tourner en rond.

Ce procès dont l’enjeu fondamental est de remettre sur pieds un pays à genoux n’est pas sans s’exposer à une possible corruption de la cour. Un rapport des avocats indique que des diamants provenant de la Séléka ont été retrouvés chez les procureurs, le Président et la Vice-présidente. Aurait-ce accéléré l’arrestation par la CPI de M.Yekatom ? Scandale sans précédent pour une Cour sensée être l’archétype d’une justice impartiale ou tentative désespérée d’une défense à bout d’argument ?

Demain sera le jour des toutes les révélations, nous saurons ce qu’il advient de M.Yekatom. Mais derrière ce procès se joue bel et bien l’avenir de la Cour Pénale Internationale. Si elle s’avérait souillée par la corruption, quelle crédibilité lui serait accordée lors au procès de M.Yekatom ?

Suite au prochain épisode…

Fabien Collette

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