Cour pénale internationale : une fin de procès qui laisse peser le doute


La suite et la fin du procès de Alfred Yekatom, s’est déroulé aujourd’hui à la Cour Pénale Internationale (CPI). 

De nouvelles preuves controversées 

En ce début de journée, les avocats ainsi que les procureurs ont abattu leurs derniers arguments pour tenter de remporter ce procès. À commencer par un reportage audio proposé et recueilli par le procureur lui-même lors de son enquête en Centrafrique d’octobre 2017, ce qui laisse les juges dubitatifs quant à la véracité de celui-ci. Ne se laissant pas atteindre par ces remarques les procureurs décident de poursuivre cette fois-ci sur une preuve vidéo : un témoignage de Barbara, une femme accusant Alfred Yekatom de l’enlèvement de son mari. Les avocats dénoncent une voix off peu cohérente avec la réalité ce qui, au près des juges après délibérations les poussera à rejeter cette preuve.

Les avocats préférant les preuves écrites, les avocats tentent de défendre leur accusé par un article provenant de Radio France Internationale affirmant les mauvais traitements subit par l’accusé en prison. Une seconde d’Amnesty International vient renforcer la démonstration.

 

Des témoignages bouleversants 

L’arrivée des témoins au sein de la cour pénale internationale était particulièrement attendue lors de ce procès qui se tenait ouvert au public. Le premier témoin, Barbara, 41 ans, accusant Alfred Yekatom d’enlèvement, reste calme, elle décrit ses souvenirs en affirmant quelques incohérences soulignées par les avocats. En revanche, à l’arrivée du second témoin Philomène Yougana une paysanne, apportant son soutien aux anti-balaka et en insistant sur le fait que l’accusé se trouvait être le chef officieux de cette milice. Malgré toutes les précautions de sécurité prise, elle se fait violemment assassinée au cours de l’audience ce qui agit en défaveur des procureurs …

 

L’étonnante demande des procureurs 

Contre toute attente, les procureurs font une demande de conférence de presse. Un petit retard de trente minutes a laissé aller les juges à quelques « gossip » à propos des procureurs, l’un d’entre eux étant parti à la recherche de nouvelles preuves pour poursuivre leur défense face aux accusations de corruption. Ils affirment en contradiction avec la veille qu’ils possèdent effectivement des diamants mais également des actes de ventes authentifiés … La vice-présidente décide de leur porter un soutien incontestable, ce qui leur laisse, malgré les questions gênantes des journalistes, le bénéfice du doute.

 

Les plaidoiries : ni vainqueur, ni vaincu 

On termine cette journée par les plaidoiries, à commencer par les avocats. Ils souhaitent faire ressortir la personnalité d’Alfred Yekatum : un beau parleur devant les caméras. De plus, l’accusé bénéficie des soupçons de corruption de la CPI ainsi que de la présidence de la Centrafrique. Avec une certaine insistance sur le manque de preuves et à cause des détails approximatifs, ils tentent une demande d’acquittement des chefs d’accusation.

La suite des plaidoiries est laissée aux procureurs qui grâce à des affirmations rationnelles tentent de démontrer le bien-fondé de ce procès. Ils engagent la participation d’Alfred Yekatum dans un crime contre l’humanité, affirment que la légitime défense ne peut en aucun cas être engagée. Le recrutement de 153 enfants-soldats, le viol perpétré pendant une semaine sur une jeune en février 2014 en sont des preuves flagrantes. Ils décident de retenir de nombreux chefs d’accusation avant de demander la création d’un fond d’indemnisation pour les victimes et terminent sur une citation de Martin Luther King : “Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier. ”

 

Hanna Grandperrin

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