Brexit : un retour aux tensions d’antan sur la frontière irlandaise ?


Le 29 mars 2017, après le référendum du 23 juin 2016 où environ 51,89% des britanniques ont voté pour sortir de l’Union européenne, le Royaume-Uni a enclenché la procédure instaurée par l’article 50 du Traité de l’Union européenne (UE).

Alors que la sortie officielle du Royaume-Uni de l’UE est prévue pour le 29 mars 2019, le Parlement britannique a massivement voté contre l’accord négocié avec Bruxelles le 15 janvier dernier puis le 12 mars dernier. Ces rejets ont notamment été accompagné de vives manifestations dans le pays, conjointement par les pro et les anti Brexit.

Le problème majeur se situe sur la frontière irlandaise, souple depuis 1998, qui pourrait retrouver des conditions de contrôles si un accord « dur » est négocié par le Royaume-Uni. Cette situation émeut beaucoup, la crainte d’un retour dans le passé s’installant, créant une nouvelle division au sein de l’Irlande du Nord et créant des tensions entre l’Irlande et le Royaume-Uni.

Bref retour sur l’histoire de la frontière irlandaise

La République d’Irlande prend son indépendance du Royaume-Uni en 1921, après trois ans de guerre civile, notamment opposant les communautés catholique et protestante sur le territoire. Le Royaume-Uni va alors créer une Irlande du Nord à majorité protestante s’administrant par un Parlement.

Après un traitement considéré inadmissible par les républicains des irlandais catholiques en Irlande du Nord, une guerre civile éclate dans les années 1960 entre les deux territoires. Le sentiment antibritannique porté par les républicains irlandais a porté la création de la « Irish Republicain Army » (IRA), livrant un combat contre l’autorité anglaise. Le conflit de trente ans a abouti à un résultat de 3 500 morts, ainsi que des attentats tristement célèbres : le « Bloody Sunday » de 1972 causant la mort de treize catholiques irlandais ou encore l’attentat contre la famille royale en 1979 causant la mort de quatre personnes, dont des enfants.

Un accord historique appelé du « Vendredi Saint » a été signé le 10 avril 1998. Ce dernier a enfin ramené de l’apaisement sur le territoire, notamment dans le contexte européen de libre circulation. L’IRA a été désarmée, l’Irlande du Nord a retrouvé son auto-gestion et chaque citoyen nord-irlandais a pu choisir sa nationalité : irlandaise, britannique ou les deux.

Cet accord est donc remis en cause par le Brexit, le retour d’un frontière étant envisageable.

« C’est notre responsabilité britannique d’en trouver une (solution), nous avons créé le problème, pas l’Union européenne. » – John Mayor, ancien Premier ministre du Royaume-Uni

Un « backstop » proposé par l’Union européenne

Fin 2018, l’Union européenne a proposé une solution temporaire applicable à l’Irlande du Nord, et non extensible au reste du Royaume-Uni, appelée « backstop » en anglais, traduit par « filet de sécurité » en français.

Le but est de permettre de conserver l’union douanière et le marché unique, permettant une libre circulation et évitant donc le contrôle à la frontière irlandaise. La mer d’Irlande pourrait donc alors devenir la nouvelle frontière entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.

L’Union européenne souhaite aligner complètement l’Irlande du Nord sur la République d’Irlande, évitant l’installation d’un frontière dure et donc le retour de tensions. Cette clause temporaire pourrait alors s’applique pendant cinq ans.

Source lemonde.fr

Le gouvernement britannique recherche à reconsolider leur coalition

Theresa May souhaite renégocier la question de la frontière irlandaise qui divise les députés britanniques. Quand les europhiles reprochent la non possibilité de participer à la décision du droit de l’Union européenne qui s’appliquerait sur le territoire, les europhobes ne souhaitent pas une division sur leur territoire constitutionnellement installé.

Le but du gouvernement britannique est de quitter l’union douanière et le marché unique afin de retrouver une maîtrise de leur politique commerciale. Le « backstop » ne semble donc pas acceptable, le Premier ministre Theresa May invoquant une violation à l’intégration du territoire britannique.

Le gouvernement britannique semble vouloir renforcer sa majorité, une renégociation pouvant s’installer dans la ligne des conservateurs britanniques et des unionistes nord-irlandais favorables à la constitution d’un frontière dure. Dans cette optique, une majorité devrait alors émerger au sein de la Chambre des députés.

« Il est faux de considérer que la tâche consiste à ne maintenir aucune frontière »
– Boris Johnson, chef de la diplomatie au Royaume-Uni en 2018

Des divisions naissantes en Irlande du Nord

Depuis 2017, une crise politique naît en Irlande du Nord. Alors que 55,9% de la population était favorable à rester dans l’Union européenne, l’Etat va devoir faire face à des divisions dans son Parlement. Depuis l’accord de 1998, les républicains et les unionistes travaillent ensemble. Cet équilibre semble maintenant rompu.

Alors que les républicains se tiennent du côté de l’Union européenne, exprimant notamment la volonté d’organiser un référendum d’indépendance afin de rester au sein de la communauté (du moins y retourner, l’indépendance ne donnant adhésion automatique), les unionistes, conservateurs britanniques en Irlande du Nord ne sont pas contre l’instauration d’une frontière dure. Ils refusent la création d’un statut particulier, offert par le « backstop », créant un accord dit « constitutionnellement inacceptable ».

L’instauration d’une frontière dure reste tout de même une crainte pour l’ensemble des acteurs impliqués dans l’accord sur le Brexit. Cela reviendrait mettre en cause tout le processus de paix instauré par l’accord de 1998. Le sentiment antibritannique en Irlande et Irlande du Nord pourrait alors refaire surface. Les fantômes du passé planent. Un accord doit donc être trouvé rapidement pour la sécurité et le bien-être de la région.

Alexandre Corre Vaillant

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