Union Africaine : choix difficile entre action d’urgence et non ingérence


« L’un des objectifs principaux est la constitution d’un État fort, capable d’agir rapidement et efficacement sur les menaces qui pèsent sur la Libye ».

Ces propos de la délégation libyenne témoignent de l’enjeu majeur que doit traiter l’Union Africaine. Depuis l’annonce du décès du Maréchal Haftar, il s’agit pour cette dernière de stabiliser la Libye, pour sécuriser la région. Les solutions envisagées par l’Union ont soulevé deux craintes, héritières du lourd passé libyen.

« On ne souhaite pas que la Libye abuse de ses pouvoirs »

La première crainte soulignée par les membres de l’Union Africaine est celle du retour à un gouvernement autoritaire et liberticide en Libye (voir la particularité de la politique du pays dans cet article). Parmi eux, la délégation kenyane est apparue comme la plus méfiante envers le gouvernement d’union nationale. Elle a en effet rappelé que « les décisions prises aujourd’hui reposent sur le gouvernement d’union nationale, qui doit agir de bonne foi ».
Une première proposition a donc été faite, à la fois pour éviter l’émergence d’un régime totalitaire et pour juguler la pérennité de milices armées. Il était question de mettre en place un Directoire, c’est-à-dire une organisation collégiale permettant la représentation des différentes tendances et factions du pays. L’objectif ? L’unité. Mais cette proposition répond davantage à une exigence à long terme plutôt qu’à une mesure d’urgence. « Il faut un leader à la tête de l’armée libyenne pour agir dans l’urgence », a rappelé la délégation tunisienne.

La délégation malienne est méfiante.

« L’ingérence est prohibée ici »

Ce fameux leader militaire serait placé sous le contrôle de l’Union Africaine, pour un mandant de deux ans. Pourtant, le terme d’ingérence au sein de comités diplomatiques est presque aussi tabou que le nom de Voldemort à Poudlard. Cette crainte est la conséquence du passé colonial de la région, qui souhaite ne plus avoir besoin d’aide étrangère à l’Afrique. Un dilemme s’est imposé à l’Union Africaine en général, et à la Libye en particulier : doivent-ils vraiment choisir entre l’urgence et la non ingérence ? La dernière proposition de résolution présentée par le Royaume du Maroc semble tendre vers le choix d’un Directoire, bien plus consensuel que celui proposé auparavant.

Si certaines délégations ont souligné la nécessité de prendre des mesures d’urgence, ces dernières ont été bayées par la primauté obsessionnelle du principe de non ingérence. L’Union Africaine tend vers une solution de stabilité à long terme, beaucoup plus consensuelle. Cette prise de position interroge donc l’efficacité immédiate des consensus. Leur quête obsessionnelle semble parfois nuire à la véritable résolution des problèmes.

  • Coralie Charlet

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *