L’ONU en guerre contre la discrimination des personnes atteintes d’albinisme


En 2013, l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon disait que « le programme de développement durable à l’horizon 2030 promet de ne laisser personne de côté, et cela englobe les personnes atteintes d’albinisme. Le cycle des agressions, de la discrimination et de la pauvreté qu’elles connaissent doit prendre fin. ». Promesse pleine de sens face à la recrudescence des agressions, parfois très violentes, à l’égard des personnes atteintes d’albinisme. Retour sur la ségrégation et la chasse à l’homme subies par les personnes albinos en Afrique subsaharienne.

Une recrudescence de ces crimes

L’albinisme est une particularité génétique héréditaire affectant la pigmentation de la peau, des cheveux et des yeux, par un déficit de production de mélanine. Cette particularité génétique rare donne lieu à toutes sortes de croyances, encore aujourd’hui, dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Les personnes atteintes d’albinisme sont victimes d’exclusion, de persécutions et même d’assassinats. En effet, toutes ses persécutions mises en oeuvre contre les personnes atteintes d’albinisme répondent à la croyance selon laquelle les organes d’albinos seraient pourvus de pouvoirs magiques, de pouvoirs guérisseurs. En effet, de nombreuses légendes considèrent que les personnes atteintes d’albinisme auraient des caractéristiques mystiques : certaines indiquent que les albinos ne meurent pas mais disparaissent, qu’ils ne voient pas la nuit, qu’ils ont les yeux rouges… Ainsi, les sorciers et guérisseurs de nombreux villages africains encouragent l’exclusion, voire les meurtres, des membres albinos de leur communauté. Toutes ces croyances locales se retrouvent notamment au Mali, au Cameroun, en République démocratique du Congo, au Burundi ou encore, en Tanzanie.

Le Malawi, État situé en Afrique australe, n’y fait également pas exception. On recense aujourd’hui, depuis la fin 2014, 65 cas d’attaques, d’enlèvement ou d’assassinats d’albinos selon la police locale. Le 2 juin 2016, la justice du Malawi a interdit à tous les sorciers et guérisseurs du pays de recourir à des rituels contre les albinos : or, à elle seule, la mesure reste insuffisante. La croyance est bien enracinée dans l’esprit des populations et un vaste programme de sensibilisation s’impose. Il n’existe en réalité aucun chiffre fiable pour déterminer l’ampleur de cette atroce chasse à l’homme, tant ce phénomène est répandu dans toute l’Afrique.

Malawi

Comment s’explique la recrudescence de ces crimes ? La persécution des albinos semblait plutôt s’être éteinte ces dernières décennies des pays d’Afrique subsaharienne. Pour autant, son exacerbation aujourd’hui, plus fréquente en période électorale, semble s’imputer en partie à la pauvreté des pays. En Tanzanie notamment, la pauvreté découle d’un grand contexte d’incertitude économique et la présence d’une jeunesse totalement désœuvrée vivant dans une grande misère. En découlent des frustrations de plus en plus vives. Selon l’ONU, un membre ou organe d’une personne atteinte d’albinisme se négocie autour de 600 dollars à la vente, pouvant aller jusqu’à 75 000 dollars pour son corps tout entier…

L’ONU contre la chasse à l’homme des albinos

Malgré la recrudescence de ces crimes, les mentalités auraient tout de même tendance à évoluer dans certains pays. Par exemple, en 2009, sept hommes furent condamnés à mort par pendaison en Tanzanie pour meurtre d’albinos ; une première. Pour autant, il semblerait qu’aucun des sorciers qui se livreraient à la préparation des « breuvages magiques » à partir des membres des victimes pour en faire commerce n’ait encore été poursuivi… Des initiatives de la part des dirigeants politiques africains apparaissent également : par exemple, en 2008, et cela pour tenter d’enrayer le phénomène, le Président tanzanien Jakaya Kikwete nomme à un poste de députée Al-Shymaa Kway-Geer, elle-même atteinte d’albinisme. Deux ans plus tard, en 2010, un autre député albinos accède au Parlement, mais cette fois-ci par la voie des urnes. De plus en plus, la population semble se détacher de ses croyances, ancrées depuis des décennies.

Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, s’est déclarée « horrifiée » par une recrudescence des attaques contre les albinos en Tanzanie, liées à la sorcellerie. « Je condamne avec la plus grande fermeté ces meurtres vicieux, commis dans des circonstances particulièrement horribles avec des démembrements, y compris visant des enfants, alors que les victimes sont vivantes », a déclaré Mme Pillay mardi 5 mars 2013 dans un communiqué publié à Genève. En effet, leurs auteurs pensent que les prétendus pouvoirs liés aux albinos sont décuplés si la victime hurle pendant l’attaque, expliquant ces amputations à vifs… Mme Pillay a déploré que sur 72 meurtres de ce genre recensés depuis 2000, seuls cinq ont abouti à des poursuites judiciaires. Elle a appelé les autorités tanzaniennes à protéger les albinos, à poursuivre les meurtriers et à « mener des campagnes d’éducation et de sensibilisation ».

Aujourd’hui, l’albinisme est encore profondément mal compris, au niveau social comme au niveau médical. Si cette maladie ne représente en réalité qu’une différence génétique rare, non contagieuse et congénitale, son apparence physique donne lieu à des croyances erronées et et des mythes influencés par la superstition, qui conduit à la marginalisation et l’exclusion des albinos. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution en 2013 appelant à empêcher les attaques et discriminations contre les personnes atteintes d’albinisme. En outre, en réponse à l’appel d’organisations de la société civile tendant à ce que ces personne soient considérées comme une groupe spécifique nécessitant une attention particulière, le 26 mars 2015, le Conseil a institué le mandat d’Expert indépendant chargé de promouvoir l’exercice par les personnes atteintes d’albinisme de tous les droits de l’homme. De plus, pour tenter de sensibiliser de manière plus large les populations à cette maladie incomprise, l’ONU a mis en place la journée internationale de sensibilisation à l’albinisme chaque 13 juin. Une initiative nécessaire, pour tenter d’éradiquer ces croyances abominables, encore présentes dans toute l’Afrique subsaharienne.

  • Nina Benoit

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