La persécution des Rohingyas ou l’ignorance d’une minorité discriminée


L’histoire commence le 9 octobre 2016 lorsque des installations de la police frontalière Birmane ont été attaquées par un groupe armé Rohingya pour des raisons encore floues. Il n’en a pas fallu plus pour attiser une haine historique. S’en suit un massacre atroce de cette communauté qui commence seulement à être dénoncé par la communauté internationale. Retour sur la répression d’une minorité religieuse.

Les Rohingyas sont une minorité musulmane dans une Birmanie majoritairement bouddhiste. Persécutée depuis l’après 2nd guerre mondiale, cette population est privée de la nationalité birmane et se retranche essentiellement dans l’ouest du pays dans l’état de Rakhine. Suite aux évènements d’octobre, une sévère répression de l’armée birmane s’est opérée. Des centaines de Rohingyas ont été arrêtés sans qu’aucune précision ne soit donnée sur le lieu de détention  ou encore sur les faits reprochés. Mais les forces de l’ordre n’en sont pas restées aux arrestations. Un réel massacre est en cours en Birmanie.

Photo Credit: Mathias Eick, EU/ECHO, Rakhine State, Myanmar/Burma, September 2013

Le rapport sanglant de l’ONU

Dans un rapport publié le 3 février dernier, l’ONU évoque des disparitions, des pillages, des agressions pire encore, des viols, des meurtres de bébés et de jeunes enfants. En tout, c’est 204 personnes qui ont été interrogées par les Nations Unies. Le constat est glaçant : 65% ont été témoins de meurtres, 47% déclare un membre de sa famille tué, 52% des femmes ont subies des violences sexuelles. Par ailleurs, cette étude a permis de faire le point sur les procédés utilisés par les forces armées sur les Rohingyas. Des termes comme « meurtres à bout portant », « mort par brûlure » ou encore « tueries d’enfants » donnent à voir le carnage qui a lieu. Selon ce rapport, les violences contre les enfants sont les plus révoltantes. Dans un témoignage poignant, une mère explique comment des forces de l’ordre ont égorgé son bébé de 8 mois, pleurant car affamé, tandis que 5 autres hommes étaient en train de la violer.

Inaction du gouvernement birman

Malgré ce rapport limpide, aucunes mesures n’ont été prises par le gouvernement birman. La rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme au Myanmar, Yanghee Lee, a dès lors tiré une nouvelle sonnette alarme le 27 février dernier. « L’ampleur de la violence dont ces familles ont été témoins est beaucoup plus importante que je ne l’avais initialement imaginé » déclare-t-elle à l’issue de quatre jours au Bangladesh où les Rohingyas se réfugient. Yanghee Lee exhorte ainsi le gouvernement « à cesser immédiatement les discriminations dont la communauté continue de faire l’objet, à agir dès maintenant pour prévenir d’autres violations graves des droits de l’Homme ». Pour autant rien n’a encore été fait. Une situation des plus étonnantes lorsque l’on rappelle que la chef de gouvernement n’est nulle autre qu’Aung San Suu Kyi, symbole international de la paix et des droits de l’homme. Jusqu’à présent, elle brille par son silence. Impuissance ou ignorance, la communauté internationale espère une rupture avec la position du gouvernement niant la répression des Rohingyas…

Aung San Suu Kyi en 2013 – Claude TRUONG-NGOC

Une affaire à suivre de très près, qui pourrait être évoqué prochainement dans le comité de l’UNHRC dont un des sujets concernent cette année les répressions sur les minorités religieuses.

Ronan Pezzini

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