Vous avez-dit chasse aux sorcières ?


 

« Tous regardent les hommes lui bander les yeux, lui attacher les bras, les jambes et le tronc, empiler du bois, l’asperger d’essence et la plaquer, tête la première, contre le bûcher. Certains lèvent leurs téléphones pour prendre des photos. On gratte une allumette, et le brasier s’enflamme ». Là-bas, en Papouasie Nouvelle-Guinée, et cela contrairement à la croyance générale, les chasses aux sorcières se terminant par la mise à mort d’innocentes existent encore. Retour sur un rituel paradoxal, entre sorcellerie et recherche du sensationnel.

« Là-bas, on brûle les sorcières avant d’en publier les photos sur les réseaux sociaux »

Etat insulaire en plein développement, situé au nord de l’Australie, la Papouasie Nouvelle Guinée choque par ses rituels violents qui se répandent aujourd’hui comme une tumeur. En effet, en 2013, une femme accusée de sorcellerie avait été massacrée en place publique, devant une foule attroupée silencieusement et des policiers en uniforme à Warakum, près de Mount Hagen. De nombreux passants avaient pu filmer la scène et la publier sur les réseaux sociaux, permettant d’éveiller la conscience internationale à ce phénomène. Sous les pressions du monde entier, la loi de légitime défense permettant de tuer une « sorcière » a été abolie en PNG ; mais comme le dit si bien Monica Paulus, défenseuse des droits de l’homme pour l’ONU d’origine papou, « comment une nation pourrait-elle rendre illégale sa croyance la plus profonde ? ».

En effet, la sorcellerie est une croyance fondamentale en Papouasie Nouvelle Guinée, représentant la clé de voute de ce système tribal. Entre mythe et réalité, on considère que la mort, qui ne proviendrait pas de la vieillesse, serait provoquée par une personne mal intentionnée. Et si on venait à ne pas retrouver cette personne, alors l’âme du macchabée errerait pour toujours, seule, dans le monde des esprits. Comment mettre fin à une pratique ancrée depuis des siècles chez les papous ? Le journaliste Kent Russel, rendu sur place et ayant assisté à ces « rituels », constate que ces phénomènes empirent. En effet, l’affluence croissante d’étrangers, ainsi que leur consommation ostentatoire, encouragerait cette escalade de violence. Pour les papous, la chasse aux sorcières serait ressentie comme l’unique manière de consolider les liens ancestraux entre clans. Par un système judiciaire défaillant, désigner des femmes comme bouc-émissaire semble être la seule façon trouvée par les populations pour canaliser leur violence inhérente.

« Combattre les esprits, pour défendre et protéger »

Les violences sexuelles et liées au genre restent omniprésentes. L’abrogation de la loi relative à la sorcellerie et l’adoption de la loi quant à la protection de la famille, en 2013, n’ont pas permis de rendre concrète une protection des femmes accusées à tort. La sanction populaire est toujours trop grande. De plus, les forces de police ne disposent pas de moyens et d’effectifs suffisants pour traiter le nombre d’appel au secours, cette pénurie étant d’autant plus grande dans les zones reculées du pays. Il serait nécessaire d’améliorer les services sociaux, l’accès aux soins de santé, les consultations et les centres d’accueil pour femmes pour éradiquer ces rituels.

Malgré les croyances de sa communauté, Monica Paulus (photo ci-dessous) travaille à protéger ces victimes. Par le passé, elle a elle-même été accusée de sorcellerie mais n’avait pu compter sur personne pour la défendre. Aujourd’hui, elle tente d’agir pour ces nouvelles victimes toujours plus nombreuses, en leur garantissant un accès à la justice et en leur assurant soutien et protection par le biais de l’organisation UN Women. Parfois, les pressions provenant de l’entourage de ces femmes sont si grandes qu’il est nécessaire de les déplacer hors de leur communauté d’origine. Mais chaque jour qui passe accroît un peu plus la conviction de Monica Paulus quant à la nécessité de protéger et de défendre les femmes accusées. « Vous ne devez jamais vous rabaisser parce que vous êtes une femme. Tout ce que vous pensez pouvoir faire, vous pouvez arriver à le faire. Nous devons nous lever ensemble et respecter et défendre mutuellement nos droits d’êtres humains. Lorsqu’il n’y a pas de respect, il n’y a pas d’équilibre dans le monde », déclare-t-elle. Un réel message d’espoir adressé à toutes ces femmes.

Considéré comme un chapitre pourtant clos de l’histoire des États Unis, les chasses aux sorcières et les massacres ayant eu lieu en Nouvelle Angleterre au XVIIème siècle semblent résonner encore aujourd’hui. Force est de constater que la sorcellerie est une problématique contemporaine. En effet, les gouvernements d’Arabie Saoudite, de Tanzanie, de Gambie, du Népal, d’Ouganda et d’Inde acceptent cette croyance et l’utilisent toujours à leurs propres fins… Comme le disait Balthasar Bekker, théologien, « il n’y a de sorcellerie que là on l’on y croit, n’y croyez plus et il n’y en aura plus ».

Nina Benoit

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