L’ONU A-T-ELLE UN AVENIR ?


Le projet d’une paix perpétuelle (d’Emmanuel Kant) entre dans l’histoire lorsque F.D. Roosevelt et W.Churchill signent la Charte de l’Atlantique à bord du navire de guerre USS Augusta, en août 1941. Les fondements des Nations Unis sont jetés. Dès lors, que reste-il de cette organisation en 2017?

Un constat : une mère vieillissante qui a perdu de sa vivacité

L’ONU, c’est 193 Etats dans le monde (à l’exception du Vatican) qui oeuvrent quotidiennement pour maintenir la paix, la sécurité internationale, protéger les droits de l’homme, fournir de l’aide humanitaire, promouvoir le développement durable et garantir le droit international. L’ONU incarne le multilatéralisme. Grâce à elle, au plan mondial, le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté a diminué de plus de moitié, passant de 1,9 milliard en 1990 à 836 millions en 2015 (chiffre officiel). Les progrès ont essentiellement eu lieu depuis 2000. Cependant cette organisation universelle apparaît « inaudible », « dépassé par les Etats ». Comment expliquer cette terminologie à son égard ?

L’impuissance de l’organisation à résoudre de nombreux conflits illustre sa discréditation auprès des Etats. Les guerres en Ukraine, au Nigéria, le génocide au Rwanda, en passant par le Moyen-Orient avec l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie… tant de misères qui ont démystifié l’organisation. Le bilan du conflit en Syrie dépasse les 300 000 morts depuis cinq ans, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

A cela s’ajoute les jeux égoïstes des Etats qui paralysent l’institution. Rien que pour le conflit syrien la Russie a opposé six fois son veto aux propositions, pour défendre son allié Bachar el-Assad. Tout cela passant outre les catastrophes humanitaires de la guerre et la crise des migrants. Dominique de Villepin, ancien Ministre des Affaires Étrangères, résumait la situation par ces mots : «  Les Etats ne font pas suffisamment confiance aux Nations Unis. Les Etats sont égoïstes et ont la conviction de pouvoir agir seul. ». La vague nationaliste qui s’abat sur l’Occident en témoigne.

Cela soulève la problématique de la représentativité du Conseil de Sécurité de l’ONU. Les cinq pays membres permanents- Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France- correspondent-ils encore à la réalité géopolitique du XXIe siècle? Le G4 – Inde, Allemagne, Japon et Brésil – ne perd pas l’occasion pour souligner que la réalité du monde n’est plus celle de l’après-guerre. Les données géopolitiques ont changé. Le continent africain n’est lui-même pas représenté. Lorsqu’on sait que l’Inde fournit 1/3 des casques bleus et que le Japon est le deuxième contributeur financier de l’ONU, il est légitime de se poser des questions.

Enfin, l’ONU souffre d’une bureaucratie étouffante et d’un manque de moyens. Les Etats-Unis fournissent 26% du budget total. Si Trump, fidèle à son élan, décidait de diminuer leur part de participation, la situation s’aggraverait certainement. Une institution « en panne », « une diplomatie du silence », voilà l’état actuel de l’ONU. Ségolène Royale en témoigne dans le Monde : « Les négociations de l’ONU sont totalement inadaptées à l’urgence climatique. En privé, tout le monde le dit, tout le monde en est parfaitement conscient, mais la lourdeur du processus est telle qu’il se poursuit comme si de rien n’était. J’ai participé au sommet de la Terre de Rio, au Brésil, en 1992. J’ai l’impression que l’on remet chaque fois à l’année suivante les décisions à prendre.»
L’ONU semble dépassée par les enjeux contemporains.

L’organisation doit-elle se réformer au risque de mourir ? Dans un contexte international en perpétuel mouvement, la réactivité et l’efficacité sont indispensables.

 


De Trygve Lie, premier secrétaire général à António Guterres, la déesse de la paix s’incarne

Vers une réforme souhaitable confortée par l’arrivée du nouveau secrétaire général

Pour réformer l’ONU, les cinq « grandes puissances » du Conseil de sécurité doivent trouver un consensus pour voter une résolution sans veto. Il est nécessaire de faire la distinction entre deux types de réformes: politiques ou bureaucratiques. Les réformes politiques, plus difficiles à mettre en oeuvre, nécessitent une volonté commune entre cinq Etats qui aujourd’hui s’opposent sur la scène internationale. Réussir à concilier la représentativité des pays/continents et éviter les sources de blocages intempestifs ne s’annoncent pas une tâche aisée. A l’inverse, les réformes bureaucratiques pourraient être décidées plus aisément par le Secrétaire général. Certaines initiatives existent déjà tel que le projet ”ONE UN 

Actuellement, le Conseil comporte quinze membres, dont les cinq permanents avec droit de veto. Le G4 propose un Conseil de 25 membres, dont six sièges permanents supplémentaires sans droit de veto auxquels chacun d’entre eux postule. L’Union africaine fait elle valoir le nombre d’habitants sur son continent et demande au moins deux sièges avec droit de veto. D’autres pays bloquent cette idée de sièges permanents supplémentaires sachant qu’ils ont peu de chance de les obtenir.

Kofi Annan, le septième Secrétaire général (1997-2006) a proposé d’attacher des conditions à l’usage du droit de veto, par exemple l’empêcher pour les situations les plus graves comme les crimes contre l’humanité. Malgré un ambitieux plan de réformes intitulé «Rénover les Nations Unies» (1997), sa tentative est aujourd’hui restée vaine. Son projet met l’accent sur l’amélioration de la cohérence et de la coordination des actions de l’ONU. Sa volonté de rétablir la confiance de l’opinion publique dans l’Organisation en « rapprochant les Nations Unies des peuples » est encore d’actualité.

La volonté affirmée de réformer d’Antonio Guterres, nouveau secrétaire général : « Il est temps pour l’ONU de reconnaître ses insuffisances et de réformer la manière dont elle fonctionne. »
D’après ses mots, l’ancien premier ministre portugais laisse entrevoir un nouveau souffle pour l’ONU. Ses objectifs principaux sont de renforcer les opérations de maintien de la paix et de réduire la bureaucratie. Il souhaite promouvoir davantage de médiation et de diplomatie préventive. Son action sera décisive pour l’avenir de l’organisation mais aura-t-il les moyens de réformer cette instance que Charles de Gaulle surnommait « le machin » ? Le point fort de Guterres ? Il a été désigné sans aucun veto, ce qui est inédit.

Sinon, c’est à vous, acteurs d’aujourd’hui et de demain, société civile, de se poser des questions. Venez au LyonMUN nous faire part de vos idées !

 

Elise Varrey

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