Quand Poutine temporise en Syrie, Vladimir avance en Libye


 

         Le lundi 6 février 2017 marque une étape décisive dans la « résolution » du conflit syrien. En effet, la Russie, la Turquie et l’Iran y sont une nouvelle fois réunies à Astana (Kazakhstan) pour marquer une nouvelle étape dans l’application du cessez-le-feu établi en Syrie entre les alliés de Damas et les groupes armés opposés à la présidence de Bachar al-Assad. La prochaine étape importante aura lieu à Genève le 20 février pour la suite des négociations, cette fois-ci sous l’égide des Nations Unies – quoique Staffan de Mistura fût déjà présent durant les pourparlers. Ce processus politique, important et même nécessaire, détourne pourtant le regard d’un terrain que l’on a tendance à oublier ces derniers mois : la Libye.

Toujours plongée dans de graves conflits internes entre milices qui se disputent le pouvoir, Parlement officiel reconnu par l’ONU et groupes armés tentant de s’y implanter, la nation du feu-général Kadhafi fait l’objet de toutes les convoitises. Cela s’est notamment vu au moment de l’annonce de la mort de trois soldats français, confirmant la présence de nos troupes à Benghazi. Mais il est un acteur auquel on pense peu de par son intervention auprès du régime de Damas : la Russie. Alors que l’on pensait le Kremlin satisfait de sa stratégie diplomatique et militaire au Moyen-Orient, celui-ci ne semble pas prêt à s’arrêter là. En témoigne la réception du maréchal Khalifa Haftar sur le porte-avions russe Amiral-Kouznetsov le mercredi 11 janvier, non loin de Tobrouk. Depuis, il a multiplié les mains tendues à Vladimir Poutine, déclarant notamment au Journal du dimanche que « ce pays s’est déclaré prêt à nous aider ; nous lui demandons aujourd’hui de réactiver les contrats d’armement pour nous aider à nous débarrasser des terroristes. Si la Russie nous ouvre ses bras, nous n’hésiterons pas à accepter. » Des déclarations qui ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd, Moscou accusant souvent « l’Occident » de l’avoir trahi en s’imposant de fait comme un cobelligérant durant le conflit libyen qui a mené à la chute de l’ancien dictateur dans la région.

Ainsi, la Russie semble être en train d’avancer ses pions en Cyrénaïque. La situation y est en réalité très floue : le maréchal dit contrôler 80% du territoire, mais l’on voit bien que certains groupes armés comme al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) ou l’Organisation Etat islamique (OEI) lui donnent du fil à retordre. La France, elle, soutient officiellement le Parlement de consensus national à l’Ouest mais aiderait officieusement Haftar dans sa « lutte », via du partage de renseignements par exemple. Alors que notre gouvernement semble tiraillé entre les deux, Poutine aurait choisi son camp en attendant la suite des événements. En témoigne la vidéoconférence qui a eu lieu entre le maréchal et le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou à bord du Kouznetsov il y a un mois. Il s’était, par ailleurs, rendu par deux fois à Moscou en 2016**** pour solliciter de l’aide et une levée de l’embargo sur les armes, mis en place par l’ONU.

Néanmoins, Haftar ne semble pas être né de la dernière pluie. Il a récemment ouvert la porte à une alliance parallèle avec la nouvelle administration des Etats-Unis, tout en gardant sous le coude l’assistance pouvant être apportée par les Européens – notamment la France. Si l’on en entend moins parler ces derniers temps, la Libye demeure toujours une poudrière pouvant être réactivée à tout instant.

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