L’enclavement de la Bolivie toucherait-il à sa fin ?


Le 24 avril 2013, la Bolivie a introduit une instance auprès de la Cour Internationale de Justice (CIJ) contre le Chili. Il s’agissait d’obliger ce dernier à « négocier de bonne foi et de manière effective avec la Bolivie en vue de parvenir à un accord assurant à celle-ci un accès pleinement souverain à l’océan Pacifique».

La perte de littoral, conséquence de la guerre du Pacifique

Depuis la guerre du Pacifique (1879-1883), la Bolivie se trouve dépourvue de littoral. Cette guerre opposait le Chili d’un côté à la Bolivie et le Pérou de l’autre. L’objet de l’affrontement était double : il s’agissait non seulement de l’extension territoriale chilienne mais aussi du contrôle des ressources du désert d’Atacama. Le potentiel économique de ce dernier s’est avéré évident lorsqu’y ont été découverts du salpêtre1, mais surtout de l’argent. À peine plus d’une année a suffit aux troupes chiliennes pour repousser leur frontière de 600km, laissant la Bolivie enclavée. Les relations diplomatiques entre les deux pays avaient depuis cessées. Seul avait été conclu un traité en 1904, accordant à la Bolivie un libre transit jusqu’à la côte.

La lutte incessante d’Evo Morales

Evo Morales, président bolivien depuis 2006, semble avoir fait de l’accès à l’océan une des priorités de ses mandats. En 2014, il a tenu un discours fort de sens et quelque peu piquant envers son homologue chilienne, Michelle Bachelet : «Si un dictateur comme Pinochet a pu proposer un accès maritime à la Bolivie dans les années 70, nous espérons qu’un gouvernement démocratique et socialiste puisse, en plein XXIe siècle, faire en sorte que ce droit devienne réalité.» .
Si cette attaque verbale n’a pas permise plus de résultats, l’enjeu est pourtant réel. Le libre transit accordé depuis 1904 n’empêche pas les camions d’exportation boliviens d’attendre des heures à la douane, au même titre que les touristes. Or ce qui freine le rythme de l’exportation freine nécessairement l’économie. De plus, la réouverture sur le Pacifique permettrait à la Bolivie d’avoir un accès vers l’Asie. Elle favoriserait ainsi le développement économique du pays, qui est l’un des plus bas du continent. La refuser est un véritable « économicide » pour Evo Morales.

Un premier arrêt de la CIJ en faveur de la Bolivie

Dans le différend qui oppose les deux pays, le Chili a soulevé une exception préliminaire d’incompétence de la Cour Internationale de Justice. Le Chili fait valoir que l’une des dispositions du pacte de Bogota avait pour but d’empêcher que les procédures de règlement des différends énoncées dans cet instrument, et notamment les voies de recours judiciaires, puissent être utilisées «afin de rouvrir des questions déjà réglées entre les parties au pacte par une décision judiciaire internationale ou par un traité».
Or dans son arrêt du 24 septembre 2015, la CIJ écarte cette déclaration d’incompétence car selon elle, les questions en litige ne sont pas déjà réglées entre les parties. Ce premier pas vers la Bolivie pourrait ainsi mener le pays à retrouver son accès pleinement souverain au Pacifique.

-Coralie Charlet Möller

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