FAO : une organisation irrémédiablement devancée ?


Etroitement liée avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture s’engage à prévenir la malnutrition mondiale sous toutes ses formes. Connue plus couramment sous le sigle « FAO » (Food and Agriculture Organization), cette organisation spécialisée se donne pour objectif d’atteindre la sécurité alimentaire, ayant à coeur de veiller à ce que les êtres humains aient un accès régulier à une nourriture de bonne qualité. L’équipe de presse du Lyon MUN vous propose un retour sur les ambitions de cette organisation souvent critiquée.

Créée en 1945 au Quebec, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture recense aujourd’hui 194 pays membres : avec pour devise « Fiat panis », expression latine signifiant « qu’il y ait du pain pour tous », celle-ci s’engage avec pour dessein d’aider à construire un monde libéré de la faim. Afin d’encourager, autant les pays en difficultés que les pays occidentaux, à maitriser leurs ressources et à avoir un vision prospective, la FAO met à disposition de façon gracieuse toutes les statistiques de son service FAOSTAT, représentant aujourd’hui la plus vaste base de données mondiale sur l’alimentation, l’agriculture et la faim. Tout cela témoigne d’une volonté de clairvoyance de la part de l’organisation, souhaitant favoriser le progrès social et économique pour tous, par la mise en oeuvre d’une production et d’une consommation raisonnée. Toujours en étroite collaboration avec l’Organisation Mondiale de la Santé, la FAO est à l’origine de nombreux accords et Conférences internationales. En 1992 notamment, celle-ci convoque la première conférence mondiale exclusivement consacrée à la recherche de solutions aux problèmes mondiaux de nutrition. À l’occasion de cette conférence, les gouvernements s’engagèrent pour la première fois à tout mettre en oeuvre pour éliminer ou du moins réduire de manière substantielle la famine, l’inanition, la sous-alimentation, notamment chez les enfants, les femmes et les personnes âgées ainsi que les problèmes d’assainissement et de notabilité de l’eau. Également, de manière plus anecdotique, c’est par l’initiative de la FAO que nous célébrons la Journée mondiale de l’alimentation chaque 16 octobre depuis 1981. Aujourd’hui, l’action de la FAO semble se renouveler. Se consacrant d’une manière moins flagrante à la malnutrition mondiale, puisque reléguée par d’autres organisations comme action contre le faim, l’organisation semble aujourd’hui plutôt se consacrer à un « droit d’accès » pour tous à des aliments surs, nutritifs et de quantité suffisante.

Par ailleurs, la FAO est à l’initiative d’un système de normalisation internationale en matière alimentaire, le Codex Alimentarius, qui consiste en un recueil de normes, de recommandations qui ont pour objet la sécurité sanitaire des aliments et la protection des consommateurs. Créée en 1963, cette commission rassemble des représentants de près de 200 pays. Pour autant, le Codex Alimentarius reste très controversé : de nombreuses personnalités médicales considèrent que le Codex ne servirait pas les intérêts des consommateurs mais plutôt ceux des grandes multinationales de l’industrie agroalimentaire, de la pharmacie ou encore de la biotechnologie. Par exemple, le Codex a recommandé dernièrement que le bétail soit traité aux antibiotiques et à l’hormone de croissance commercialisée par Monsanto. Décision bien difficile à justifier… Aujourd’hui, la FAO semble à bout de souffle et est de plus en plus décriée. Certains dirigeants, comme Abdoulaye Wade, ancien président de la République du Sénégal, réclame la suppression pure et simple de la FAO : considérée comme étant obsolète, ses activités étant dupliquées par d’autres organisations, celle-ci représenterait un gouffre financier pour très peu d’efficacité sur le terrain. Qu’attendre aujourd’hui de l’organisation pour l’alimentation et l’agriculture des nations unies, fortement concurrencée par d’autres agences ou programmes internationaux ? Son exercice semble périlleux : il s’agit tout autant pour elle d’organiser les débats et conclure des avancées sur des sujets délicats, que de se réinventer elle-même… En effet, l’organisation onusienne apparait comme particulièrement complexe, et parfois redondante.

Pour résoudre ces problèmes organisationnels propres à la FAO, certains appellent de leurs voeux une super-structure qui regrouperait l’expertise de la FAO et les compétences de l’OMC en matière agricole. Action contre la faim apporte également sa pierre à l ‘édifice en proposant pour sa part la création d’un fonds mondial dédié à la lutte contre la faim et la malnutrition, quitte à fragmenter un peu plus le paysage institutionnel mondial…

– Nina Benoit

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