#Décryptage – The deal is done.

 Le 31 décembre dernier, le tant attendu accord commercial est signé entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni. Un document de 1 500 pages pour sceller une procédure de divorce éprouvante pour lesdits protagonistes traînant depuis le référendum britannique en 2016. Quels enseignements retenir de l’accord ? Quels sont les domaines les plus impactés ? On vous explique tout !

L’Union Européenne et le Royaume-Uni se sont enfin séparés. Après plusieurs décennies de rapprochement juridique, normatif, politique, le spectre d’une sortie brutale a hanté l’Europe pendant de trop longues semaines pour un dénouement six jours seulement avant la fin de la période transitoire. Tour d’horizon des principales décisions conclues censées assurer la continuité des échanges au mieux.

Boris Johnson et Ursula von der Leyen le 9 décembre à Bruxelles.
Boris Johnson et Ursula von der Leyen le 9 décembre à Bruxelles. (Reuters)

La question douanière

            Les douanes font leurs retours entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni après leurs disparitions en 1993 à l’occasion de la création du marché unique. Si ceux-ci font certes leur réapparition, leurs contraintes sont bien moins lourdes qu’auparavant et n’impactent pas aussi durement les échanges commerciaux qu’on évalue aujourd’hui à 700 milliards d’euros par an. En effet, les deux parties ont négocié une absence de droit de douane et de quotas, ce qui constitue une première pour un accord commercial, les biens devront simplement être déclarés via des déclarations d’importations et exportations. Si cette nouvelle a été perçue comme un soulagement pour le Royaume-Uni, certains économistes britanniques tablent malgré tout sur une perte de 4 points sur le PIB.

La fin de la libre circulation et des échanges Erasmus

            Si les biens et services ont donc été épargnés par l’accord, ce n’est en revanche pas le cas pour la libre circulation des personnes et des étudiants. En effet, l’île coupe court au désir de nombreux européens de venir s’installer pour vivre leur rêve londonien en enchainant les « petits boulots » sur place. Désormais est mis en place un système de visa à points. Ainsi, pour engranger un nombre suffisant de points, le ressortissant européen devra présenter une offre d’emploi supérieure à 29 500 euros, prouver qu’il ne sera pas un poids pour la société, avoir un certain niveau d’anglais pour prouver son intégration. Par ailleurs, le Premier Ministre Johnson a sifflé la fin des échanges Erasmus en Grande-Bretagne. Il dit regretter cette décision mais argumente en expliquant que le Royaume-Uni reçoit plus d’étudiants étrangers que ses étudiants prenant le chemin inverse, ce qui fait des britanniques des « contributeurs nets ». Ce retrait de l’Erasmus, motivé donc par la volonté de faire des économies immédiates, est vivement critiqué par divers médias europhiles comme le journal danois Information qui souligne tous les bienfaits de ces échanges universitaires et le court-termisme de cette décision. A cela s’ajoute la reconnaissance du statut d’étranger pour les étudiants européens. Ces derniers ne jouiront donc plus des mêmes frais d’inscriptions que les locaux, ce qui équivaut à un doublement du prix.

L’encadrement des règles de concurrence

            La convergence normative entreprise tout au long de ces années de collaboration aurait pu voler en éclat en cas d’une sortie brutale de Royaume-Uni. Le chef des négociations côté européen, Michel Barnier, a soufflé le chaud et le froid sur cette question mais l’issue paraît heureuse. Les normes restent, en effet, proches dans des domaines aussi variés que l’environnement, le changement climatique, la transparence fiscale ou encore les droits sociaux. La principale innovation réside dans la possibilité pour les britanniques de ne pas être dans un « alignement dynamique », c’est-à-dire de devoir suivre l’évolution des normes européennes. Toutefois, l’accord prévoit que les parties se réservent le droit d’instaurer des droits de douane si leurs règles sont trop éloignées. A ce titre, l’hebdomadaire The Economist peste la création par l’accord de 25 commissions spécialisées allant de la sécurité aéronautique à la propriété intellectuelle. Dès lors, l’UE et le Royaume-Uni s’enfermeraient selon eux dans un processus constant de négociations, une sorte de pérennisation de la situation Brexit néfaste pour les deux.

La Pêche

            Le marché de la pêche représente 650 millions sur les 700 milliards d’euros d’échanges annuel. Plus symbolique qu’autre chose, la question de la pêche a longtemps été le point de blocage entre les deux partis à cause notamment des « Froggies » et de leur président Emmanuel Macron. Son intransigeance serait due, à l’origine, à sa volonté de capter la popularité des pêcheurs du nord de la France. L’Union Européenne et le Royaume-Uni sont finalement tombés d’accord sur une réduction de 25% de la valeur des prises européennes en eaux britanniques sur une période transitoire de cinq ans, ce qui est bien loin de l’objectif initial d’une réduction de 60% pour Londres. Après 2026, ils établiront des quotas négociés annuellement. Si l’accord commercial constitue un soulagement pour les deux parties, certains États européens disent ouvertement craindre une perte de persuasion politique de l’Union à l’international. Si le Royaume-Uni n’était certes pas l’élève le plus assidu, sa force diplomatique et son rayonnement mondial étaient des arguments de poids dans la légitimation de la politique étrangère européenne. D’autres voient dans le départ du Royaume-Uni une « chance » pour l’Union Européenne. La Pologne considère ainsi que, débarrassée du turbulent britannique, l’Europe peut désormais développer sa propre politique industrielle et défendre son marché unique plus sereinement.

            Si l’issue finale est heureuse, les chemins pour arriver à la signature de cet accord ont été tortueuses. Les deux protagonistes sont arrivés à un compromis, pas sûr que ce soit le cas pour d’éventuels nouveaux États déserteurs. Au vu des difficultés éprouvées, le Brexit peut donc calmer les ardeurs des euro-sceptiques et ainsi catalyser une Union plus forte, faisant bloc sur la scène internationale.

 

 

Press Team 

Alexandre Minassian 

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