#Décryptage – Quand Interpol élève Lyon au rang de capitale mondiale de la coopération policière.

Qu’est-ce qu’Interpol, l’Organisation Internationale de Police Criminelle ?

En vertu de l’article 2 des statuts de l’Organisation Internationale de la Police Criminelle (Interpol), nous comprenons clairement les deux buts de cette institution à caractère international :

  1. « Assurer et développer l’assistance réciproque la plus large de toutes les autorités de police criminelle, dans le cadre des lois existant dans les différents pays et dans l’esprit de la Déclaration universelle des droits de l’homme. »
  2. « Etablir et développer toutes les institutions capables de contribuer efficacement à la prévention et à la répression des infractions de droit commun. »

En d’autres termes, la philosophie d’Interpol s’articule autour d’un arc conceptuel, dont la corde constitue l’arsenal juridique respecté par l’institution et dont la flèche correspond aux moyens disposés pour soutenir les forces policières internationales ; la structure de l’organisation en elle-même visant à instaurer et conserver une unité des forces de police des 194 pays membres.

La composition de cette institution internationale est simplifiée. Elle comprend un secrétariat général, dirigé par un secrétaire général (Jürgen Stock actuellement), dont le siège social est situé à Lyon et le complexe mondial pour l’innovation à Singapour ; sans oublier les diverses antennes localisées dans le monde entier. De plus, chaque pays membre dispose d’un Bureau Central National (BCN), généralement situé auprès de l’organe gouvernemental en charge de la gestion de la police. Enfin, l’Assemblée Générale est l’instance dirigeante qui réunit chaque année tous les pays membres afin d’établir la politique de l’institution en matière criminelle.

Aujourd’hui, Interpol est actif dans trois domaines majeurs de la criminalité internationale :

  • Le terrorisme
  • La criminalité organisée
  • La cybercriminalité

Aussi, l’organisation vise à prévenir les crimes émergents, c’est-à-dire avant qu’ils ne surviennent. Mais pourquoi mettre en place une architecture de sécurité à l’échelle mondiale ? Car le phénomène de mondialisation touche également le champ de la criminalité. Ainsi, Interpol s’impose comme une mesure de grande ampleur face à un phénomène à la fois inéluctable et regrettable.

Pour être à la hauteur de ses espérances, l’institution internationale mise sur l’interconnexion des données, documents et savoirs entre chaque pays membre : c’est le système I-24/7. Les informations sont constamment mises à jour dans les 18 bases de données, qui permettent un temps de réponse équivalent à la moitié d’une seconde. Le maître mot est donc l’efficacité. Mais pour que ce système soit opérationnel, il est nécessaire que les services de police du monde entier coopèrent, malgré les différends diplomatiques. C’est la raison pour laquelle Interpol est politiquement neutre. Enfin, l’organisation joue également le jeu de la formation, notamment en matière criminalistique, afin que son institution soit ancrée dans son temps.

Qu’en est-il du financement de l’institution ? Chaque pays membre contribue statutairement et annuellement au financement de l’organisation et des dons financiers ou en nature peuvent également être transmis. En 2019, Interpol disposait d’un budget de 139 millions d’euros.

WALLACE WOON/EPA/MaxPPP

Une institution internationale basée dans la troisième ville de France

Depuis plus de 30 années, le siège d’Interpol est situé au quartier de la cité internationale, au 200 Quai Charles de Gaulle, dans le 6ème arrondissement de la ville de Lyon. Mais elle n’est pas la seule ville française à avoir accueilli le siège de l’organisation, car Saint-Cloud l’était en 1967 et avant elle, Paris en 1946.

D’un point de vue historique, les prémices d’Interpol présageaient déjà une implantation de l’institution dans la capitale des Gaules. En effet, le premier laboratoire de police scientifique est fondé à Lyon en 1910, par le professeur lyonnais de médecine légale Edmond Locard. Il a notamment côtoyé le criminologue français Alphonse Bertillon et le médecin italien Cesare Lombroso, père du positivisme anthropologique et spécialisé dans la phrénologie. Le but de cette entreprise était la lutte contre le crime international par une réponse internationale.

Mais pourquoi Interpol, en tant qu’institution indépendante, a-t-elle décidé de fouler le sol lyonnais ? Il faut dire que la concurrence était rude, car 180 villes désiraient accueillir les locaux de l’institution internationale. Toutefois, c’est Lyon qui s’est démarquée. Les missions de négociation ont été déléguées au premier adjoint du maire : André Soulier. Ce fonctionnaire a réussi à charmer les agents d’Interpol par divers procédés éminemment politiques, qu’il s’agisse de céder l’emplacement en bordure du Parc de la Tête d’Or ou encore par une manœuvre, certes triviale de prime abord, mais qui a en réalité toute son importance. Une fois la visite et les négociations terminées, les agents d’Interpol devaient quitter Lyon. Le premier adjoint insista pour les inviter au restaurant afin de leur faire découvrir la gastronomie lyonnaise. Ce fut un moment convivial qui a surement pesé dans le choix des agents. La gastro diplomatie s’applique donc plus que jamais à l’échelle locale.

Lorsque en 1985 Lyon est désignée pour être le siège d’Interpol, le maire de l’époque Francisque Collomb se fend d’une remarque assez éloquente quant au rayonnement de la ville par rapport à la capitale : « Paris devra maintenant avaler la pilule ! Les délégations d’Interpol ont apprécié la ville de Lyon. On a gagné ! Il faut bien de temps en temps que l’on gagne ! »

Aujourd’hui et ce depuis le 1er Mai 1989, le siège d’Interpol est à Lyon. On compte également la police scientifique, basée à Ecully et l’Ecole Nationale des Commissaires, située à Saint-Cyr-au-Mont-D’or. La métropole lyonnaise est donc la capitale nationale et internationale de la coopération policière.

AFP / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

L’actualité (internationale) d’Interpol

Lorsque l’on prête attention aux « notices rouges » (red notice en anglais), ces fugitifs recherchés pour causes de poursuites ou de peines prononcées sur leur personne, on s’aperçoit que la liste est relativement longue. Aujourd’hui, 7 499 personnes sont actuellement recherchées par Interpol, dont 30 personnes ayant la nationalité française. Mais au-delà du caractère purement quantitatif de ce nombre, cela révèle en creux une activité intense des services de polices du monde entier, d’où l’utilité voire la nécessité d’une institution de centralisation de l’information et des moyens internationaux.

Aussi, en pleine pandémie du coronavirus, le secrétaire général d’Interpol déclarait sur CNN le 15 Janvier 2021 qu’il « n’avais jamais vu une situation criminelle aussi dynamique qu’en l’état ». En effet, Jürgen Stock met en garde les femmes et les hommes du monde entier quant à la situation pandémique parallèle de la criminalité et ce dans tous les domaines afférant. Alors qu’une partie substantielle du monde est concentrée sur la lutte contre la Covid-19, un autre fléau viral prend davantage d’ampleur à l’échelle internationale : la criminalité.

Enfin, d’un point de vue plus général, il est possible de prendre pour exemple des opérations menées par Interpol. Selon un rapport rendu en 2019, l’organisation dénombre 1,2 million de recherches dans les bases de données, 31 pistes envisageables et 16 combattants terroristes étrangers détectés et arrêtés dans le cadre de l’opération Neptune II, menée en mer Méditerranéenne. En ce qui concerne les personnes secourues, Interpol dans le même rapport, en dénombre 220 dans la seule opération Epervier II menée au Niger. Ainsi, le rôle d’Interpol n’est pas exclusivement informatif, il est également concret sur le terrain.

Un échange de bons procédés entre une institution internationale et une ville nationale

Aujourd’hui, Lyon est la ville de la consécration physique d’Interpol, cette institution à caractère international. A ce titre, les mots du secrétaire général d’Interpol illustrent cette position : « alors qu’INTERPOL s’est progressivement ouvert sur le reste du monde en y établissant activement une présence physique, en Afrique, aux Amériques et en Asie, c’est bien à Lyon que l’organisation reste ancrée. »

Mais avoir le siège d’une organisation internationale aussi développée sur son territoire n’est pas sans conséquence pour la ville de Lyon. Effectivement, plus de 1 000 personnes travaillent actuellement pour Interpol dans la métropole lyonnaise, ce qui constitue une source non négligeable d’emplois ; ces personnes sont d’ailleurs issues de 107 nationalités différentes, un véritable melting pot au sein d’un bâtiment de 10 étages. Aussi, Interpol est une source d’attraction pour Lyon sur le plan de la découverte. A titre d’exemple, environ 9 000 personnes sont venues assister à un évènement international organisé par Interpol dans ses locaux et ce rien qu’en 2018.

Ainsi, Interpol doit beaucoup à Lyon en tant qu’elle a contribué à son rayonnement ; mais la région lyonnaise s’est également développée en partie grâce à Interpol. C’est un mariage de volonté, qui depuis 30 ans dure dans la réciprocité.

 

 

Ianis Boulbahri

AUSG – Pôle Presse

 

 

Sources 

https://www.interpol.int/fr
https://fr.wikipedia.org/wiki/Interpol#Historique
https://petitpaume.com/article/pourquoi-interpol-sest-installe-chez-nous-lyon
https://www.lyoncapitale.fr/actualite/pourquoi-interpol-s-est-installe-a-lyon/
file:///C:/Users/FBO/Desktop/PHILOSOPHIE/ETHIQUE%20ET%20DROIT/Constitution%20of%20the%20ICPO-INTERPOL-FR.pdf

 

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