#Décryptage – Puissances spatiales et vols habités : et si l’on remarchait sur la Lune ?

Le 17 novembre 2020, la capsule Dragon de SpaceX s’arrimait à la Station spatiale internationale (ISS), confirmant le retour des Etats-Unis dans l’espace. De son côté, la Chine lançait en novembre la mission lunaire Chang’e-5, lui permettant de devenir le troisième pays à rapporter des échantillons de notre satellite naturel sur Terre. Sur fond de tensions sino-américaines, ces missions ne sont pas sans rappeler les grandes heures de la conquête spatiale, qui avait vu s’affronter les Etats-Unis et l’Union soviétique au cours les années soixante. Si beaucoup espèrent que cette tension internationale relance enfin l’exploration habitée, le contexte politique actuel est pourtant bien différent de celui qui avait vu Neil Armstrong poser le pied sur la lune.

Mais au fait, à quoi va servir la Falcon Heavy de SpaceX ?
La Falcon Heavy de SpaceX prend son envol. Reuters

Après le traumatisme  Columbia, les Etats Unis de retour dans l’espace

Dans la saga des vols spatiaux habités, les deux lancements SpaceX réalisés en mai et novembre 2020 sont d’une importance historique. Mettant fin à une longue période de disette pour la NASA, qui n’avait plus été en mesure d’envoyer ses propres lanceurs depuis bientôt neuf ans, ces deux vols marquent le retour des Etats-Unis sur le devant de la scène spatiale. Depuis l’ultime mission de la navette Atlantis en 2011, l’achat de sièges à bord de la capsule Soyouz était en effet resté le seul moyen pour l’Oncle Sam d’accéder à l’orbite terrestre. Pour comprendre les raisons de cette absence qui dura pendant près d’une décennie, il faut remonter en 2003. Cette année là, la navette spatiale Columbia, de retour d’une mission de seize jours dans l’espace, se désintègre dans le ciel du Texas, causant la disparition de ses sept membres d’équipage. Ce tragique accident met fin au programme initié par le président Nixon en 1972, qui avait eu pour objectif de banaliser le transport spatial,  ondé sur le mythe de « la nouvelle frontière » lancé par Kennedy en 1961. Mis en évidence, les surcoûts et dysfonctionnements du programme portent un coup fatal à la  navette, pourtant dépourvue de véritable successeur. Si le président George W. Bush avait bien tenté d’y apporter une réponse en 2004 avec le programme Constellation, censé assurer le retour d’astronautes sur la lune avant 2020, le programme sera toutefois stoppé avec l’accession de Barack Obama à la Maison Blanche, pour qui la lune avait déjà été conquise en 1969. On préfèrera désormais se concentrer sur un objectif plus lointain : les astéroïdes et Mars. Mais l’administration Obama aura un mérite : celui d’affirmer un nouveau leadership technologique, en faisant intervenir de nouveaux acteurs, privés cette fois-ci, à l’image de la société SpaceX d’Elon Musk, ou encore du géant Boeing, dans la construction de lanceurs spatiaux.

Tensions sino-américaines : enjeux technologiques et militaires

Avec l’élection de Donald Trump, la NASA apparaît régénérée : nostalgique de l’âge d’or de l’agence spatiale, celui du programme « Apollo » ; fouetté par la menace Chinoise qui semble déterminée à remettre un pied sur notre satellite, le nouveau président souhaite se lancer dans une nouvelle course à la lune, avec le programme Artemis. Désormais associée à la société SpaceX, la NASA entend bien rabattre les cartes dans le secteur du spatial habité, et affirmer son expertise technologique face à la Chine, dont les aspirations exaspèrent Washington.
Mais en réalité, Pékin favorise avant tout les technologies spatiales pour leur contribution à son développement économique, technologique et militaire. D’abord, car les programmes spatiaux stimulent un savoir-faire en matière de construction de satellites, indispensables non seulement à la surveillance, mais aussi à l’orientation des armées, avec le développement de systèmes tels que la technologie GPS. Ensuite, pour l’expert Marco Aliberti, il s’agit également de stimuler l’économie et l’innovation chinoise, avec la construction de satellites, de microprocesseurs. « On estime que 1 euro dépensé dans un programme spatial en rapporte 10 pour l’économie du pays », rappelle t-il. Enfin, la Chine a compris que la puissance militaire passait par la maîtrise du vol spatial : rappelons que les premières fusées furent d’ailleurs construites sur le modèle des missiles allemands V-2. Les lanceurs spatiaux, exploités pour l’instant dans le domaine civil pourraient ainsi facilement permettre le développent de technologies à usage militaire. A ce titre, les Etats-Unis perçoivent comme une menace cette montée en puissance, qui doit être contenue.

La course à la Lune ?

Pour autant, ces tensions, qui ne sont pas sans rappeler la guerre technologique que s’étaient livré les Etats Unis et l’URSS dans les années soixante, peuvent-elles déboucher sur une véritable course à la lune ? Non, répondent la plupart des experts. Les Chinois, confirme Isabelle Sourbès-Verger dans une interview pour Le Monde, « ne varient pas dans leur objectif, qui est de réussir à faire tout ce que les autres ont réalisé avant eux. Ils ont cinquante ans de retard, ils ne sont pas pressés, ils ne courent après personne. ». Ce discours autour d’une course à la Lune serait d’ailleurs selon elle, purement factice. Si les Chinois ne sont que dans une phase d’apprentissage, ils ne concourent absolument pas : tout ceci ne serait qu’une histoire de fierté nationale, alimentée par un Donald Trump désireux de s’inscrire dans une guerre idéologique.

Enfin, et même s’il était prévu que les Etats Unis participent à la construction d’une station spatiale placée en orbite autour de la lune, la Gateway, en partenariat avec l’Europe et le Canada, il n’est pas certain que la NASA voie son budget renouvelé. Le Congrès Américain ne s’étant pas encore prononcé sur le sujet, d’autant que Joe Biden n’a pas repris à son compte le projet Artemis. Pour autant, il est fort probable que le nouveau président démocrate, dont l’un des premiers actes fut de réintégrer les accords de Paris sur le climat, se concentre sur un autre domaine, qui a grandement souffert au cours des quatre dernières années : celui ayant trait à l’observation de la Terre. Ce rééquilibrage budgétaire se fera sans nul doute aux dépens d’Artemis, dont les objectifs n’étaient de toute façon plus tenables. Ainsi, le prochain défi technologique qui attend les puissances spatiales ne sera sans doute pas tant de marcher sur la lune, que lutter contre le réchauffement climatique.

 

 

 

Florette Bachellier 

Press Team

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