#Décryptage – Les élections américaines : mode d’emploi

Le 3 novembre prochain verra s’affronter le Président sortant Donald Trump face au candidat démocrate Joe Biden pour une élection américaine aussi déroutante qu’importante. Le système d’élection présidentielle aux Etats-Unis relève d’une logique bien plus élaborée qu’un simple suffrage direct à majorité simple pouvant alors conduire à des situations paradoxales comme l’atteste la défaite de Hillary Clinton en 2016 face à Donald Trump malgré ses 2,9 millions de voix supplémentaires. Comment expliquer cette situation ? Comment est choisi le candidat à investir pour les quatre prochaines années ?

On vous explique tout !

Voters cast their ballots at Robious Elementary School Tuesday, November 5, 2019 in Chesterfield County, Virginia
GETTY IMAGES

La nécessité de choisir son candidat de parti

Pour se présenter aux élections présidentielles américaines, les candidats doivent respecter certaines conditions. Ceux-ci doivent en effet être âgés de 35 ans minimum, être citoyen américain de naissance et avoir vécu au moins 14 ans sur le sol américain. La première étape du parcours présidentiel se déroule en interne, dans les partis. Les débats et réflexions pour nommer le candidat s’étendent sur plusieurs mois et épousent deux formes possibles : les primaires ou le caucus.

Les primaires, phénomène désormais importé en France, désignent une course à la candidature en interne du parti. Chaque candidat se présente et étaye son projet politique. Le processus des primaires se conclut par un vote. Elles peuvent être ouvertes (chaque citoyen, quel que soit son orientation politique peut y participer) ou fermées (seuls les électeurs inscrits sur la liste du parti peuvent voter). Le caucus désigne quant à lui un comité électoral rassemblant les militants politiques du parti. L’objectif est de débattre, d’argumenter. Contrairement aux primaires, un caucus ne se conclut pas par un vote dans l’isoloir mais à un vote à main levée.

Caucus et primaires permettent de désigner des délégués nationaux qui assisteront aux conventions nationales de leur parti respectif au sein duquel ils élisent enfin un ticket présidentiel c’est-à-dire le candidat et son colistier. Cette constitution du binôme répond à différentes contraintes. Celui-ci doit en effet être composé de deux personnalités représentant deux courants de pensée différents au sein du parti et ne doivent pas être originaires du même Etat. Ainsi, dans l’élection présidentielle de 2020, le ticket Donald Trump/Mike Pence est reconduit face à Joe Biden et Kamala Harris.
Les candidats ayant été désignés, la campagne présidentielle peut alors concrètement débuter.

Le système du Collège électoral

Le 1er mardi de novembre, les électeurs sont appelés à se rendre aux urnes afin de voter dans chaque État pour les grands électeurs composant le Collège électoral. Cette règle concernant le calendrier répond à des problématiques de transport d’un autre temps conservées par traditionalisme. En effet, le dimanche étant le jour de repos et de prières, les électeurs ne quittaient leurs villes que le lundi pour effectuer un trajet souvent long à l’époque jusqu’à atteindre leurs lieux de vote le mardi. Dans un second temps, ces grands électeurs se réunissent le « 1er lundi suivant le 2ème mercredi de décembre » (mal de tête, quand tu nous tiens…) pour officiellement élever un candidat au rang de Président des États-Unis.

Ce système était une idée déjà défendue par les pères fondateurs dans la Constitution en 1787. On dénombre au total 538 grands électeurs qui sont essentiellement des élus locaux et responsables de partis.

Comment se répartissent ces grands électeurs entre les Etats ?

Chaque État se voit attribuer deux sénateurs et un nombre de députés proportionnel à son nombre d’habitants. Ainsi la Californie, État le plus peuplé, envoie 55 grands électeurs au Collège électoral tandis que le Wyoming, État le moins peuplé, n’en envoie que 3. Cet État qui dénombre 600 000 habitants représentent 0,18% de la population américaine pour un poids de 0,56% au niveau des grands électeurs. Le système du Collège électoral permet donc à tous les États, même les plus petits, d’avoir un rôle à jouer dans la nomination présidentielle, l’électeur rural ayant même une influence plus importante qu’un électeur dans une grande ville.

electoral college vote map
WorldAtlas

Le parti ayant reçu le plus de voix dans l’État remporte l’ensemble de ses grands électeurs, c’est le système du « Winner-take-all ». Il existe deux États qui font exception à ce principe : il s’agit du Nebraska et Le Maine qui introduisent eux une proportionnalité dans le décompte des voix. Pour certains États, l’issue du scrutin ne fait aucun doute, les grands électeurs étant attribués au même parti irrémédiablement à chaque élection du fait des conceptions idéologiques propre aux Etats et à leurs situations. Ainsi, la Californie, État très libéral, offre le plus souvent ses grands électeurs au parti Démocrate tandis que le Texas, conservateur, maintient sa confiance au parti Républicain. Ces considérations influencent la campagne électorale des candidats qui ne vont donc pas « chasser des voix » sur un territoire qu’ils savent impossible à remporter dans un État où la couleur politique est entérinée. L’enjeu principal dans leur marathon réside dans ce qu’on appelle les « Swing States », c’est-à-dire les États dont le vote est toujours incertain. Ces États qu’on dénombre à treize et qui comptent parmi eux la Floride, l’Ohio ou bien le Nevada, constituent le réel point de bascule en vue de remporter la présidence.

L’attribution des grands électeurs à chaque État réalisée, ceux-ci se réunissent alors le premier lundi suivant le deuxième mercredi de décembre, cette année étant le 14 décembre 2020. Le Président est celui qui remporte à la majorité simple le vote des grands électeurs, soit 270 sur les 538 grands électeurs. Ce système de suffrage indirect peut conduire à la situation paradoxale où un candidat remporte le « vote populaire » tout en ne briguant pas la présidence. Ce cas s’est présenté cinq fois dans l’histoire, le dernier en date étant l’élection de Donald Trump face à Hillary Clinton en 2016. Pour Francois David, maitre de conférences à l’Université Jean Moulin Lyon III, ce fonctionnement favorise le camp républicain car il s’agit de la couleur politique des États les plus petits, en retrait dans la mondialisation. D’après ses calculs, le parti Républicain pourrait gagner les élections présidentielles avec seulement 25% du vote populaire à condition de « voter très juste » au niveau des grands électeurs. Certaines voix s’élèvent devant ce Collège électoral, notamment la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, tandis que d’autres y voient un pare-feu empêchant l’hégémonie des grandes villes américaines au détriment de l’intérêt général américain. En ce sens, les États-Unis restant une fédération où le pouvoir se trouve au niveau des États, décompter les voix à l’échelle nationale relèverait d’une incohérence systémique.

Le dépouillement du vote des grands électeurs s’effectue ensuite le 6 janvier au Congrès, suivi par l’investiture officielle du Président le 20 janvier, jour de l’Inauguration Day devant le Capitole à Washington. Le Président y prête serment, main sur la Bible (un autre texte religieux ou sur la constitution), c’est le coup d’envoi de son mandat.

 

 

Alexandre Minassian 

Press Team 

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