#Décryptage – La mobilisation de la communauté internationale face au génocide des Rohingyas.

La Gambie, un pays Africain, a accusé en novembre 2019 devant la Cour internationale de Justice (CIJ), le gouvernement du Myanmar de génocide contre les Rohingyas, une minorité musulmane placée au Myanmar, dans la région limitrophe avec le Bangladesh. La CIJ peut encore attendre un an avant de rendre une décision.

Les Rohingyas : victimes de discrimination et persécution

DES RÉFUGIÉS DE ROHINGYA APRÈS AVOIR TRAVERSÉ LE FLEUVE NAF DU BANGLADESH PROVENANT DU MYANMAR EN 2017. CREDIT: TOMAS MUNITA POUR NEW YORK TIMES

Dans un pays majoritairement bouddhiste, les Rohingyas ont toujours été placés dans une situation différente par rapport au reste de la population du Myanmar. Le gouvernement refuse de reconnaitre la nationalité myanmaraise de cette population, dont les habitants sont souvent qualifiés d’immigrants illégaux, alors même qu’ils habitent depuis des générations dans le territoire.

Les Rohingyas ont leurs propres langue et culture et habitent dans l’État de Rakhine. En 2017, l’armée myanmaraise a tué des milliers des Rohingyas en réponse aux différentes attaques contre la police perpétuées par un groupe armé Rohingya. Cependant, la réponse militaire a été fortement disproportionnée par rapport aux attaques commises par le groupe.

Dans un rapport fourni par les Nations Unies en 2019, l’Organisation a conclu que l’armée n’a pas seulement tué sans discernement, mais s’est également rendue coupable d’un grand nombre de violences sexuelles contre des femmes et des filles et est accusée d’avoir incendié des villages entiers, autant d’atrocités qui constituent des actes de génocide. Ces violences systématiques ont forcé les Rohingyas à chercher asile au Bangladesh où ils ont formé plusieurs camps de réfugiés. En février 2019, on comptait plus de 800 000 réfugiés.

Le gouvernement du Myanmar a nié les accusations depuis 2019 quand le chef d’État, Aung San Suu Kyi, qui a gagné le Prix Nobel de la paix en 1991, a affirmé que les faits étaient exagérés et mal interprétés et que « l’intention génocidaire ne peut être la seule hypothèse ». Le gouvernement n’a pas sanctionné les auteurs de ces actes. En janvier 2021, avant le coup d’État en Myanmar, le gouvernement a déposé ses objections préliminaires devant la Cour.

La violation de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (Gambie c. Myanmar)

ABUBACARR TAMBADOU, ALORS MINISTRE GAMBIEN DE LA JUSTICE, DEVANT LA COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE, A LA HAYE, LE 23 JANVIER 2020. EVA PLEVIER / REUTERS

Tous les actes reprochés au Myanmar sont qualifiés de “génocide” car ils semblent avoir pour but de détruire tout ou partie du groupe Rohingya en tant que tel, en tout ou en partie. Les actes perpétrés sont insérés dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948.

L’affaire a commencé en novembre 2019 et, due à leur gravité et grâce à la requête de la  Gambie visant à mettre en place des mesures le plus tôt possible, la Cour a ordonné en janvier 2020 au gouvernement du Myanmar de prendre des mesures d’urgence pour protéger les Rohingyas et de faire un rapport tous les six moins sur les mesures prises. Le Myanmar a jusqu’à présent soumis deux rapports ; en mai et en novembre 2020. Le prochain rapport est attendu pour mai 2021.

La Gambie a pris une initiative que peu de pays entreprennent, elle a réussi à rappeler à la communauté internationale qu’il ne faut pas seulement agir quand on fait partie du problème, mais aussi quand on est totalement déconnecté de celui-ci, car en fin de compte, nous faisons tous partie d’une même communauté. « Notre expérience de la dictature nous a appris qu’il nous fallait utiliser notre autorité morale contre l’oppression de nos pairs, où qu’ils soient. Car si le monde s’était dressé contre Yahya Jammeh à l’époque, nous n’aurions sans doute pas vécu ces décennies si difficiles », explique Abubacarr Tambadou.

Cette résonance au sein de la communauté internationale n’a pu être possible que grâce aux différents soutiens, notamment celui financier de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), « la voix collective du monde musulman », qui compte plus 57 pays membres. La Gambie a aussi reçu l’appui de plusieurs organisations non gouvernementales comme No Peace Without Justice ou le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits humains. D’autres pays se sont joints à la lutte contre la persécution des Rohingyas au Myanmar, notamment les Pays-Bas et le Canada qui ont émis une déclaration en septembre 2020 exprimant leur intention d’intervenir ensemble dans l’affaire.

 

 

 

Fernanda Rodriguez

Press Team

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