#Décryptage – 1 personne sur 45 dans le monde aura besoin d’aide humanitaire en 2020, un record

Genève, le 4 décembre dernier. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) fait paraître le Global Humanitarian Review 2020, rapport dressant un bilan de la situation humanitaire dans le monde. Mais cette année, les chiffres sont plus alarmants que jamais. En 2020, 1 personne sur 45 aura besoin d’aide humanitaire et de protection. Les conflits prolongés, les phénomènes climatiques extrêmes, et l’effondrement de certaines économies ont poussé des millions de personnes aux limites de la survie, et les travailleurs humanitaires ne savent pas encore s’ils seront en mesure de proposer une réponse suffisante face à ces sollicitations grandissantes.

Une situation humaine qui se détériore d’années en années 

Une personne sur 45 sur cette planète a urgemment besoin de nourriture, d’abri, de soins médicaux, d’éducation d’urgence, de protection ou de toute autre aide basique. Cela concerne un nombre relativement élevé de pays, 53 au total. Cela est d’autant plus interpellant puisqu’il s’agit de populations qui ont été victimes d’un conflit ou d’une catastrophe, et que l’intervention est nécessaire pour répondre à leurs besoins vitaux en urgence. 

En comparaison avec les chiffres de l’année précédente, en 2020 ce sont 168 millions de personnes qui seront dans une situation d’extrême vulnérabilité, soit 22 millions de plus. Le Yémen sera encore l’année prochaine le pays vivant la plus importante crise humanitaire. D’autres pays tels la Syrie, le Sud Soudan, l’Afghanistan, le Venezuela, la République Démocratique du Congo (RDC), le Soudan et la Somalie seront eux aussi encore très impactés par les crises. 

L’aide apportée vise à protéger les civils, qui constituent encore aujourd’hui 90% des victimes des armes explosives utilisées dans des zones peuplées. Les interventions concernent surtout des actions dans domaine de la santé et notamment des campagnes de vaccination et d’éradication des virus (choléra, rougeole, ebola), une aide alimentaire, l’installation d’abris et l’établissement d’accès à l’eau potable. Il s’agit aussi  d’assurer une aide aux populations qui sont dans l’obligation de se déplacer, en interne dans leur pays, et d’aider les pays voisins à gérer ces afflux de migrations.

Les travailleurs humanitaires victimes d’attaques à répétitions, privant des millions de personnes d’assistance

Un constat alarmant: les attaques contre les travailleurs humanitaires et les structures qui les accueillent ont significativement augmenté, alors qu’il y a quelques années ils étaient largement acceptés. Au cours des neuf premiers mois de cette année, 791 attaques ont été perpétrées contre des agents de santé et des installations sanitaires, faisant 171 morts, un nombre d’attaques qui est passé du simple au double en moins d’un an. Particulièrement, les travailleurs qui sont le plus touchés ne sont pas ceux qui viennent d’organisations internationales, mais bien ceux qui œuvrent dans leur propre pays, représentant 85% des victimes. 

Rien que la semaine dernière, quatre agents de santé luttant contre l’épidémie d’Ebola ont été tués et cinq autres blessés par des milices en République démocratique du Congo (RDC), où l’insécurité a entravé les efforts visant à contrôler la deuxième épidémie la plus meurtrière du virus. On explique cela par le fait que les lieux d’interventions soient de plus en plus instables, mais aussi par l’érosion de la perception d’indépendance et de neutralité des organisations humanitaires. 

Le respect du droit international en déclin 

Le droit international humanitaire assure la possibilité de pouvoir venir en aide à des populations en tout temps, et particulièrement en cas de guerre (clause de Martens). La protection des civils qui est au coeur de cette approche, définie notamment dans les Conventions de Genève, les Conventions de La Haye, et leurs Protocoles. 

Cependant, les conflits évoluent, et les civils sont pris à part entière des combats:  ils constituent 90% des victimes des armes explosives utilisées dans des zones peuplées. Par ailleurs, les enfants sont particulièrement touchés. En 2018, plus de 12 000 enfants ont été tués ou mutilés dans un conflit. C’était le chiffre le plus élevé, cette année a été pire. Les enfants représentent un tiers de la population mondiale mais représentent la moitié de l’ensemble des réfugiés et 40% des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays par les conflits et la violence. La violence sexuelle, principalement à l’égard des femmes et des filles, reste prévalente dans de nombreux conflits armés et les situations de violence, où elle est utilisée pour terroriser, exercer un contrôle, réprimer et déplacer des communautés. 

Comment faire face à ces défis ? 

Sur la base des tendances actuelles, “à moins que le changement climatique et la racine des conflits ne soient mieux traités”, l’ONU prévoit que le nombre de personnes dans le besoin pourrait atteindre 200 millions d’ici 2022. 

Les situations d’extrême détresse sont liées, s’aggravent entre elles et sont exacerbées par le changement climatique. Quand des conflits et des événements climatiques vont de pair, ils contribuent à aggraver l’insécurité alimentaire, les tensions et les déplacements, d’autant plus que l’atténuation et l’adaptation au changement climatique sont particulièrement difficiles dans de telles circonstances.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les conséquences humanitaires liées au changement climatique ne seront pas nécessairement encore plus compliquées à traiter pour les organisations. Effectivement, ces dernières seront plus ou moins prévisibles, contrairement à des catastrophes naturelles non liées au climat, et laisseront la possibilité de mieux anticiper (notamment grâce aux évolutions technologiques de collecte de données), réunir des fonds, pour gérer au mieux les situations. Ainsi, l’action humanitaire, donc le caractère principal est l’intervention d’urgence, est en train d’évoluer dans certains des ses aspects, en intégrant la détection et l’anticipation des risques et donc des réponses. 

Pour répondre aux besoins humanitaires de l’année prochaine, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies lance un appel à financement, de 29 milliards de dollars, montant conséquent mais moins important que l’année précédente alors que les besoins sont supérieurs car les réponses humanitaires s’améliorent et les populations les plus vulnérables sont mieux prises en charge, en intégrant par exemples des problématiques psycho-sociales. Ceci étant dit, les plans d’interventions n’atteignent jamais les niveaux de financement nécessaires pour délivrer une aide adéquate. 

Maïlys Ghazaouir

Press Team

Ressources: 

Aperçu de la situation humanitaire mondiale 2020, rapport du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). Décembre 2019 (anglais).

Le Coconnier, Marie-Laure, et Bruno Pommier. L’action humanitaire. Presses Universitaires de France, 2017. 

Buirette, Patricia. Le droit international humanitaire. La Découverte, 2019. 

Financial tracking Service (service de suivi financiers des dons pour les interventions humanitaires)  

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